Chapitre IV - Dernière Partie

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- Mâel se tut et soupira. Son interlocuteur se mit à faire les cent pas avant de reprendre la parole :

« Notre fils fait des siennes... Il s'est mis en tête de rétablir la paix. Je te conseille de l'oublier, car si'l continue ainsi nous devrons l'éliminer.

- Bien Enma.

- Continue ainsi. La guerre qui s'annonce mettra ton travail à profit. Je m'occupe du problème de l'enfant paix et de notre fils. » La silhouette leva un bras et un écran de fumée rouge se dressa autour d'eux. Enma soupira et releva son capuchon, dévoilant ainsi un visage pâle aux lèvres de sang entouré par une cascade de boucles noires. La cape qu'elle portait glissa légèrement, dévoilant ses épaules. Le souffle de Mâel s'accéléra et il dit :

« Rassure-moi comme il y a dix-sept ans... Ma sœur ! »

*

Au milieu des monts Erg, dans une petite salle entièrement décorée de feuilles et de fleurs de pierre, une femme âgée soupirait. Sa peau blanche et distordue était usée par le temps, de même que ses nombreuses tresses de cheveux blancs. Malgré tout, les yeux couleur miel et onyx d'Irau gardaient toute leur intensité. Elle faisait glisser ses doigts sur les reliures tannées de nombreux ouvrages rangés méticuleusement dans leur étagère d'if verni. Soudain, la femme s'arrêta. Elle fit un pas en arrière et avisa une mince liasse de pages volantes glissées entre deux ouvrages massifs. Elle la saisit délicatement et haussa un sourcil. Ces pages étaient différentes des autres : elles étaient en papier de lin et sentaient bon le riz séché. Ces pages venaient du Konshan. C'était certain. Les étranges symboles dessinés au pinceau fin étaient caractéristiques des premiers habitants du Konshan.

Le Konshan était un pays étrange. Ses habitants s'habillaient tous de robes sans distinctions de sexe et ils se battaient avec de longs sabres légèrement courbes. De plus, ils mangeaient à genoux. Irau eut une pensée amusée pour les femmes de son âge qui devaient supporter quotidiennement plusieurs heures à genoux.

Irau se pencha sur les feuilles en fibres de lin et se mit à déchiffrer ce qui y était écrit. Après une heure de travail, elle parvint à la fin du document, qui s'apparentait à une incantation. Elle s'éclairci la voix et tenta de retrouver la musique de la langue du Konshan pour savoir où placer les accentuations poétiques et linguistiques qui donnaient toutes sa saveur au texte. Elle resta ainsi plusieurs minutes puis récita le résultat de son labeur avec une belle voix d'alto, apposant vibratos et silences là où il le fallait :

« Quatre élus et une guide,

Pour tout Host sauver.

Sept épreuves à surmonter,

Pour obtenir la vérité.

Sept bêtes à vaincre,

Au bout de sept labyrinthes.

Vêlnard, corbeau de pierre ;

Lishê, scorpion des sables ;

Kelnô, lion de foudre ;

Jûlgul, poisson de feu ;

Grâlesh, ours de bois ;

Heija, souris de vent ;

Xelfer, serpent de terre ;

Chacun un orbe gardent.

Chacune un grand pouvoir,

Offrira aux sauveurs.

Host ensuite unifiée,

Regroupera les hommes,

Face au fléau ancien,

Pour rétablir la paix. »

En prononçant ces mots, Irau sentit un grand savoir l'envahir. Ce poème ferait d'elle la guide. Dans sa mémoire s'inscrirent les lieux des sept épreuves. Les élus arrivaient. Elle sut que quand elle les verrait, elle les reconnaîtrait. Des temps troubles approchaient. Et elle détenait la clé de voute de tout ceci.

Chroniques de la Mâ - Partie 1/Les paladins de BhaldërusLisez cette histoire GRATUITEMENT !