Chapitre 1

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Lors de ma sortie, elle est la seule qui m'attendait

Lors de ma sortie, elle est la seule qui m'attendait. Dans la froideur de l'hiver, habillée d'un joli foulard noir, les yeux ridés, les cernes d'une vieille dame fatiguée. Ma mère, la reine de mon humble univers. J'avais l'impression qu'elle avait pris la même peine que moi et Nahil, du moins qu'elle avait vécu exactement la même douleur que nous. J'ai serré ma mère dans mes bras, comme je ne l'avais pas fait depuis très longtemps. Elle pleurait d'un sanglot de joie, c'était étrange. « Al HamdulilAh mon fils », 100 fois je l'ai entendu dans mes oreilles. Nos mères sont vraiment des perles.

En rentrant à la maison le pire m'attendait : mon père. Parce que lui ce n'était pas ma mère, pour lui j'avais fait honte à la famille, je l'avais déshonoré. Et c'est tout à fait ce que j'avais fait. En vérité ça allait être bien pire que toute prise de tête, il avait décidé de m'ignorer, de faire comme si j'étais mort et Dieu sait le mal que ça m'as fait.

 Alors c'est vrai que moi je ne suis pas comme Nahil, je ne me dévoue pas corps et âmes pour eux. Par exemple je n'ai pas des discussions de trois heures avec mes petites sœurs, je ne les emmène pas jouer au parc. Je n'aide pas ma mère à cuisiner, je ne la fait pas danser au milieu du salon. Je ne discute pas avec mon père sur des sujets de religion. Je ne suis pas le fils qu'ils voudraient que je sois et pourtant je suis bel et bien là, présent. Je les aime, bien évidemment, mais moi je les aime d'un amour pudique. Je les aime d'un amour à ne plus dormir de la nuit, se lever avec les yeux rouges mais dire à ma mère que tout va bien et que j'ai fait de beaux rêves.

Je suis celui qui pleure sous le porche, pour leurs problèmes de santé mais qui répondra « Tout va bien, le vent m'as brûlé les yeux », le cœur complètement vide. J'en ai trouvé des excuses, aujourd'hui c'est le vent, demain ce sera la fatigue, peu importe. Je suis dur, plus dur que Nahil, plus dur que mon père et que tous les hommes de ma famille d'ailleurs. J'ai fait erreurs sur erreurs. Mais j'ai pris soin de mes parents discrètement.

Un exemple ? Depuis que j'ai 17 ans, tous les mois je mets de l'argent sur le compte de ma mère mais jamais elle ne s'en est rendue compte, du moins jamais elle n'a fait la remarque. Non ce n'est pas l'argent de la drogue non, l'argent de la drogue c'est seulement moi qui vis avec, elle vit avec mon argent propre. Mais ça personne ne le sait.

Je ne suis pas Nahil et je ne serais jamais Nahil, mais moi je les ai rendus fiers à ma façon, dans la discrétion. Je suis rentré dans la chambre d'Ilhem et là, j'ai bien reconnu ma petite sœur. Des bisous, des câlins, des sourires. La joie de vivre au quotidien. Suheyla est arrivée et m'a sauté dessus. Les retrouvailles que je souhaitais étaient là, malgré toute mon ingratitude. Dans un moment calme je leurs ai dit une chose que je n'aurais jamais pensé dire « Les filles, je suis désolé pour tout. Avant je n'étais jamais avec vous, je vous mettais de côté, mais maintenant ça va changer, je vais me rattraper d'accord ? Je vais prendre soin de vous. » Je ne m'attendais pas forcément à une réponse, alors quand j'ai entendu Ilhem me dire « Il est où Na ? », j'ai senti mon cœur se fendre.

J'ai simplement répondu qu'il reviendrait bientôt et qu'il était occupé. Je suis rentré dans ma chambre, après neuf mois d'absence et que dire.... Elle m'a paru si vide sans lui. J'avais l'impression de le voir partout, de l'entendre tout le temps. C'était une situation tranchante pour l'âme. J'étais moi-même l'auteur de son malheur alors qu'il a toujours tout fait pour moi, il m'a relevé quand j'étais au plus bas, il me criait dessus pour m'aider et même ça je n'ai pas su lui rendre.

C'est difficile de vivre avec des regrets, très difficile. Alors ne faite pas comme moi, réfléchissez avant d'agir. Devant Allah je me suis rendu coupable des larmes de Nahil, de ma mère, de mon père et de mes sœurs, autant vous dire que la sanction va être sévère. La seule chose que je peux faire désormais, c'est réparer mon erreur, essayer de me racheter, même si je sais que ça n'effacera jamais la douleur.

Dès le lendemain matin j'avais décidé de prendre ma vie en main, tel que Nahil aurait voulu que je le fasse. Je me suis levé et j'ai été déposé des CV dans toutes les entreprises que j'ai pu. Ensuite, j'ai été chercher des informations pour des formations dans des structures spécialisées. Et c'est fou ce que j'étais fier de moi, je devenais un homme, un vrai, pas celui qui passe sa vie en bas de ces blocs de béton et qui ne fais rien.


La vie n'as pas besoin de nous, elle continue son cours, que tu décides de te réveiller ou non, alors j'ai réussi à me réveiller avant qu'il ne soit trop tard. Pourtant il y en a beaucoup qui se réveille trop tard et qui n'ont rien fait de leurs vies. Nos parents ont travaillé durs pour que l'on soit traité comme des français à part entière, nous tous, avec nos petites gueules d'étrangers, d'arabes, de kosovars, d'espagnol, d'africain, de serbe ou autre.. Et c'est justement pour eux qu'il faut que l'on montre l'exemple, il faut leur prouver qu'ils ont tort à ceux qui pensent l'inverse.

Au-delà de ce qu'ils pensent, leur seule richesse c'est nous, l'avenir c'est nous, tous ensemble et pas les uns contre les autres.

Derrière la rétine de Yazid (TOME 2)Lisez cette histoire GRATUITEMENT!