Chapitre 4 - Partie 5 - Viols

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Pierre, hors d'haleine s'adossa contre un mur suintant d'une humidité puante. Il avait couru aussi vite qu'il le pouvait pour rejoindre les égouts et se faire oublier. En dépit des blessures infligées par ses violeurs, il n'avait jamais été si rapide sur ses deux jambes. La peur chassait la douleur.

Il ne croisa personne dans les canalisations. Pourtant, tomber sur une patrouille de P.M.F. ne l'aurait pas étonné. Depuis la chute de Leuthar, Fillip et les siens multipliaient les planques douteuses. Si les sous-sols de la capitale n'étaient pas surveillés, ils auraient eu tout intérêt à y trouver refuge. Peut-être que les Vestes Grises étaient trop nombreuses pour se risquer ici ? Le jeune héliade tremblait à l'idée d'entendre des pas résonner autour de lui.

Il reprit sa respiration et se remit en marche. Il quitterait Stuttgart par la porte sud.

Au bout d'une dizaine de minutes à crapahuter dans les canalisations trop étriquées pour sa longue silhouette, il déboucha sur une salle plus haute de plafond. Ce devait être l'embranchement entre plusieurs réseaux de tuyauterie car plusieurs rigoles se jetaient dans une mare nauséabonde. Le jeune homme se hissa avec soulagement sur l'un des trottoirs qui entourait l'endroit. Ses chaussures émirent un bruit de succussion comique lorsqu'il les extirpa de la fange. En comparaison avec la vase indéfinie dans laquelle il pataugeait, le rebord sur lequel il s'assit pouvait passer pour sec.

Personne ne l'avait suivi. Aucune trace de P.M.F. à ses trousses. Par contre il n'était plus certain de la direction qu'il avait prise.

« T'es perdu ? » demanda une voix féminine, dans son dos.

Pierre sursauta. Il manqua de tomber mais se rattrapa in extremis avant de se retourner.

Il n'accorda aucune attention aux cheveux courts et roux de la femme ni aux rides qui marquaient son front et la commissure de ses lèvres. Il se contenta de fixer les longues dents de l'intruse, bien trop proches de lui.

Le sourire de la vampire s'élargit au point que Pierre put distinguer ses canines effilées dans leur intégralité. De la gencive rose pâle à la pointe acérée. La créature ronronna, ravie :

« Tu sens sacrément bon... Je pense que je vais te garder en réserve... »

Elle se pencha vers lui et ajouta, à mi-voix :

« Là, c'est le moment où tu te mets à courir pour sauver ta vie, et où je m'amuse à te prendre en chasse... »

Et c'est exactement ce que Pierre fit, même s'il n'entendit rien de cette suggestion. L'instinct de survie prit le dessus, il tourna les talons et s'élança à toutes jambes dans le conduit le plus proche. Il glissa dans la fange, se rattrapa à une canalisation et, dans la précipitation de sa fuite, heurta la longue silhouette sombre qui se dressa devant lui. L'héliade s'étala en arrière, repoussé par un jeune homme brun à la dentition aussi parfaite qu'acérée. Le sorcier comprit soudain pourquoi l'Ordre n'avait pas établi ses quartiers ici : c'était un nid à vampire.

« Laissez-moi tranquille ! » ordonna-t-il en relâchant son charme.

Il pria Merlin que les créatures de la nuit y soient aussi sensibles que les sorciers. Il avait encore une chance de s'en sortir en leur imposant sa volonté.

L'effet fut immédiat et peu conforme aux attentes du jeune homme. Le grand brun se jeta sur son cou mais il fut éjecté par sa congénère. La vampire plaqua Pierre contre le sol et le mordit avec un grondement fou. Elle n'eut pas l'occasion de goûter qu'une malheureuse gorgée avant d'être violemment écartée par une troisième créature. Une femme, à nouveau, avec un visage livide, encadré par de longs cheveux noirs.

Pierre se dégagea des trois formes indistinctes qui se battaient pour lui alors qu'une vingtaine de silhouettes affluaient dans la salle. Tous cherchaient à l'atteindre, tous jouaient des coudes et des crocs pour être le premier à le goûter. Il en résultait une mêlée assourdissante de cris et de grondements bestiaux.

La vue embrouillée, les sens au bord de chavirer, Pierre lutta juste assez pour apercevoir une silhouette de plus, dissimulée sous une grande cape noire, s'interposer entre la masse et lui. Il ferma les yeux. Le nouveau venu se pencha sur lui. Des canines. Encore des canines. C'était la fin. Le sorcier perdit connaissance.

 Le sorcier perdit connaissance

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