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This will never end 'cause I want more
More, give me more
Give me more

If I had a heart, Fever Ray  



Than / Nuit du 17 au 18 janvier 2016


— Hey, Than, regarde ce que j'ai trouvé.

Agenouillée dans la cave, au milieu des caisses en bois et des piles de vieux parchemins, Saraï me tend le carnet qu'elle vient de dénicher. Ses longs cheveux crépus sont en bataille, et sa robe beige est tachée par la poussière et la saleté régnant dans la pièce. Quelque chose brille dans ses iris ambrés, presque invisible dans la pénombre.

Je m'empare du registre et l'ouvre à la première page, y découvre un nom calligraphié à la plume. Mon sang se glace dans mes veines quand je reconnais ce nom si familier et si lointain... Je marmonne d'une voix à peine audible :

— Merci.

— Rentre, m'incite Saraï. Je sais que tu vas mourir d'envie de le lire. Et de toute façon, vu l'heure, je ne peux pas m'attarder. J'ai de la route à faire demain.

Elle se redresse, époussetant sa robe. Puis nous rassemblons nos affaires et quittons la cave, que Saraï verrouille à l'aide d'un lourd cadenas en acier.

— Ces vieilleries ont attendu des siècles qu'on les découvre, ajoute-t-elle, elles pourront bien patienter encore un jour ou deux.

Je rentre ensuite, seul, dans le petit appartement que nous louons depuis quelques mois dans le centre de Rome. Je commence à peine à m'habituer à la ville, à sa grandeur et à ses splendeurs. À l'aura sacrée qui l'entoure, aussi, bien qu'atténuée au fil des siècles. Saraï, elle, l'adore.

À présent, je me tiens devant le journal de mon père, et je n'ose pas l'ouvrir. Il dormait depuis des décennies dans les archives du Cercle, là où ils gardaient les documents les plus importants et les plus sensibles, les dissimulant aux yeux indiscrets. Il faut croire que ce journal, les mémoires et les secrets du tout dernier Archiviste, représentait une trop grande menace pour qu'on me le restitue. À ce titre, je leur en ai longtemps voulu.

Mais les Maîtres n'existent plus aujourd'hui. Ils ne peuvent plus rien m'opposer.

Après un soupir, mélange d'appréhension et d'impatience, je m'empare du carnet, m'installe dans le fauteuil — celui dans lequel Saraï se repose après de longues journées de travail — et allume la petite lampe. Une douce clarté tamisée envahit la pièce, trompeuse, presque traîtresse. Le registre, lui, est ancien : sa couverture en cuir n'est pas d'origine, car elle semble bien plus récente que les pages à l'intérieur. Sans doute quelqu'un a-t-il remplacé la reliure, pour une raison ou une autre. Le papier craquant et jauni est couvert d'une écriture fine et familière, de croquis parfois. Des esquisses de portraits ou de paysages, des symboles magiques, des sortilèges.

À l'encre. Toujours à l'encre, jamais avec du sang. Je souris malgré moi, ne comprenant que trop bien ce choix : en refusant d'écrire dans ce journal avec son sang d'Archiviste, Père cachait ses secrets. Ces derniers n'ont jamais atteint la mémoire collective du Cercle, ils ne s'y sont pas mêlés.

Je crains tellement de découvrir ses souvenirs que mes mains tremblent un peu. Les mystères de mon père, mais aussi les mystères de ma caste, et ceux de mon peuple tout entier.


***

Journal d'Athanase l'Ancien

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