III - Le troupeau, la brebis, et la meute

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Deux semaines s'étaient écoulées. Deux semaines à faire profil bas. Les premiers jours suivant l'arrestation du Molosse, les membres des Hoodsters avaient investi chaque rue, chaque impasse du quartier. Ils pullulaient, interrogeant le moindre passant, avec plus ou moins d'insistance. J'évitais de sortir autant que possible, et cela m'avait jusqu'à maintenant permis d'éluder leur interrogatoire. Le phénomène avait pris une ampleur telle, que la police avait dû installer une patrouille permanente. Depuis les choses s'étaient tassées, et de toute façon, ils ne savaient rien. Une cagoule avait toujours dissimulé mon visage, et à aucun moment, ils n'avaient entendu le son de ma voix. Leur piste s'arrêtait donc à l'appartement de Chico. Impossible pour eux de remonter jusqu'à moi.

Passer tout mon temps libre cloîtré chez moi n'était pas chose facile, surtout après avoir arrêté de fumer, néanmoins, cela m'avait donné l'occasion de préparer mon prochain coup. Il y avait cette collègue, cette fille sur mon lieu de travail...

Son infortune avait commencé par de petites plaisanteries malsaines, auxquelles, gênée, elle n'avait su trouver que pour seule défense, le rire. Puis les farces s'étaient au fil du temps, transformées en moqueries, pour finalement se muer en humiliations de la pire espèce. Cela sous les regards détournés de tous, y compris le mien. Quand bien même la majorité n'approuvait moralement la situation, personne n'agissait, de peur peut-être de se voir prendre sa place. Il arrivait parfois même, qu'au sein du troupeau, certains moutons, souvent parmi les plus faibles, endossaient le costume de loup. Une méthode de camouflage qui a déjà fait ses preuves au cours de la longue histoire de l'homme.

Les jours et les mois passants, habitués à assister à ce sinistre manège, l'empathie avait fini par quitter les plus humains d'entre nous. La voir souffrir, sa détresse, était devenue une banalité, le quotidien en somme. Pourtant pour elle, le calvaire n'avait cessé, il était bien là, arrachant chaque jour, de nouveaux morceaux à son âme. Son estime de soi, sa vitalité, sa personnalité, son humour, tout allait disparaître. À terme, elle ne serait plus qu'une coquille vide.

Le détachement à la vie dont je faisais désormais preuve me rendait clairvoyant. Ce nouveau don me dévoilait tel un miroir sur mon âme, la lâcheté dont j'avais fait preuve à l'égard de cette « sœur ». Mon inaction passée me faisait ressentir honte, frustration et colère envers mon moi antérieur. L'essence même de ces ressentiments, venait alimenter, sublimer, la nouvelle flamme justicière animant ma volonté. Son intense chaleur faisait bouillonner en moi le désir de réparer mes erreurs, et de remettre les pendules à l'heure.

Toutefois je n'avais pas encore idée précise des méthodes que j'allais employer. Pour commencer, il me fallait collecter des preuves de ce que subissait chaque jour Marie. Une fois que je les aurai, peut-être les dévoilerai-je. Mais par quel moyen ? Rien n'était certain, car avant tout, je ne voulais pas nuire à Marie. J'aviserai par la suite, pour l'instant j'allais me contenter de les obtenir. Justement, je venais de recevoir un kit de mini caméras espion haut de gamme. Pour les acheter, j'avais déposé la moitié de l'argent extorqué au Molosse sur mon compte en banque. Le kit coûtait tout de même la modique somme de 2 800 euros. J'avais également prélevé 800 euros sur le cash pour un nouveau téléphone prépayé. Le premier avait succombé à mon plongeon dans la Seine. Dans le doute, j'avais cette fois opté pour un téléphone étanche.

C'est ainsi que tout le samedi durant, je testais et configurais le kit chez moi. Quant au Dimanche, je le consacrais à définir comment et où installer les caméras. Le lieu, c'est évidemment l'endroit où je travaille : le 8e étage d'une tour se trouvant à proximité de la gare de Lyon, dans le 12e. À cet endroit précis de la terre, je suis ce que l'on appelle communément un employé de bureau. Je travaille pour l'antenne parisienne d'une société d'édition de logiciels. Plus précisément, l'entreprise qui m'emploie, conçoit, développe et vends des logiciels dans le secteur militaire. Elle compte un peu plus de 1200 salariés en France, et fait partie d'un groupe international, réunissant de nombreuses autres sociétés de semblable envergure. Ce groupe est lui-même rattaché à une grosse multinationale dont j'ai oublié le nom. Il faut dire que cela change assez souvent, et puis je dois bien avouer que ça ne m'intéresse pas plus que ça.

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