Chapitre 3 - Partie 3 - Conciliabule de l'Ordre

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Naola était penchée sur le grand livre de compte du Mordret's Pub. Il était pas loin de neuf heures du matin et, comme elle le faisait environ une fois par mois, elle s'était libéré la demi-journée pour passer du temps auprès de son ancien patron. Installée dans les fauteuils du salon de lecture, un grimoire posé devant elle, elle égrenait les transactions et ajustait les chiffres laissés en plan depuis son dernier passage.

Le vieux vampire tenait à cette version papier de son livre de comptes. Des systèmes de cadre mnémotiques existaient pourtant pour cette tâche et accessibles même aux êtres dénués de magie. Mais, pour peu qu'on en connaisse le sort de déchiffrage, on pouvait remonter à des centaines d'années d'activités en suivant ses pages jaunies. Le vieux vampire avait consigné là toutes les transactions importantes de sa longue existence et cela bien avant que le pub n'entre en activité.

La jeune femme se laissa aller contre le dossier de son siège, avec un long soupire. La tâche était fastidieuse. Elle releva la tête vers la large coupole, qui, huit mètres plus hauts, ouvrait le toit du salon de lecture. Le jour, elle se teintait et plongeait la pièce dans une pénombre constante. La nuit, elle se découvrait pour baigner l'établissement de la lumière de la lune. Les vampires adoraient ça.

La sorcière n'était plus impressionnée depuis longtemps par l'imposante bibliothèque qui meublait cinq des six murs de cette pièce hexagonale. Pourtant l'endroit valait le coup d'œil. Les étagères de livres montaient à l'assaut d'une voûte de verre ornée de vitraux. Une très large table trônait au fond de la salle alors que l'entrée donnait sur un petit salon d'une demi-douzaine de fauteuils crapauds en cuir. Les clients de l'établissement payaient un certain prix, tant pour accéder à cet espace de travail que pour consulter les ouvrages entreposés ici.

Mais pour l'heure, la sorcière et le vampire profitaient seuls de l'ambiance studieuse du salon de lecture. Mordret, penché sur un parchemin qui recouvrait presque l'intégralité du plan de travail, ne prêtait aucune attention aux soupirs d'ennuis que poussait régulièrement la jeune femme.

Une note sur la pile de reçus qu'elle avait à étudier attira son intérêt et elle dut la lire plusieurs fois avant d'être convaincue de ce qu'il y avait écrit dessus.

« Vous traitez avec les Cromwells, Monsieur ? » demanda-t-elle d'une voix qu'elle garda neutre, pour l'instant.

Le patron, comme souvent lorsqu'elle s'adressait à lui, l'ignora superbement. La jeune femme referma d'un coup sec le livre de compte et vint poser le bout de papier sous le nez de la créature. Le vampire grogna et décala sa main pour poursuivre sa lecture, comme si de rien n'était.

« Mordret ! s'écria Naola, plus qu'agacée.

— Je ne vous demande pas de vous intéresser à l'identité de mes clients, juste de tenir à jour mes comptes, répliqua l'interpellé avec à peine un regard pour elle.

— Esther Cromwell, ou Adélaïde, a participé à mon enlèvement, m'a torturé et a laissé Niles essayé de...

— Herbet Cromwell, son père, m'a payé fort cher pour que l'implication de sa progéniture dans l'Ordre reste toute à ma discrétion. Une fort belle somme, vous en conviendrez », répondit le vampire en désignant le chiffre inscrit sur le papier incriminé.

Il était suivi de bien trop de zéros pour être décent. La jeune femme recula, les bras croisés, et les lèvres pincées.

« Vous savez depuis longtemps son identité. Pourquoi est-ce qu'il ne se réveille que maintenant ?

— Parce que jusqu'à maintenant il ignorait que je ne l'ignorais pas, répondit Mordret d'un ton plat, comme s'il énonçait l'évidence même. Cela rend la transaction plus profitable encore.

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