3° Ils détestent les entendants

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Je passe la porte de chez moi avant l'heure prévue, fière de ma journée. Je retire mes chaussures et ma veste et range le tout dans le meuble prévu à cet effet.

- Bonsoir, dis-je en entrant dans le salon où se trouve mes parents.

Ils me saluent d'un simple hochement de tête.

- Je vais travailler dans ma chambre.

- Très bien, répond la voix grave de mon père.

Je monte ainsi les escaliers puis pousse la porte de ma chambre. Elle est on ne peut plus sobre. Il y a peu d'éléments de décorations, aucune photo, aucun vêtement qui traîne, le lit a été fait par mes soins ce matin. Je m'assois face à mon bureau et sors mes documents. Evan et moi avons fini par nous mettre d'accord. Nous nous verrons trois après-midi par semaine, pour l'instant. Déjà qu'il n'est pas volontaire pour m'aider, je ne voulais pas en plus m'incruster dans sa vie comme je l'aurais souhaité.

Je sors une feuille vierge et note tout ce dont je me souviens. Son prénom, son âge, sa façon de détourner la conversation. Le fait qu'Evan refuse d'utiliser la parole me semble être quelque chose d'important. C'est pour cela que je note ce détail dans un coin de la feuille. A mon avis, c'est loin d'être anodin.

Nous nous sommes échangés nos numéros, au cas où l'un de nous deux ne seraient pas disponibles pour nos entrevues. Du moins, de mon côté, il n'y aura pas ce genre de problème : je n'ai rien d'autre à gérer dans ma vie. Strictement rien...

Encore et toujours à cause de la même chose. Mes parents exercent une violence sur moi. Attention, pas une violence physique mais une violence psychologique. Je n'ai pas eu la même jeunesse que tous les autres. Toutes les sorties demandées m'ont été refusées. C'est à cause de cela que mes amis ont fini par s'éloigner de moi. Ils ne comprenaient pas, je ne peux pas leur en vouloir. Ils avaient beau insister pour m'inviter à des fêtes, je ne pouvais jamais. Je voulais y aller. Oh ça oui. Mais, je n'en avais pas la possibilité. J'ai eu la chance de pouvoir assister à quelques sorties cinémas mais ce n'est jamais allé plus loin. Dès que la séance était terminée et que je sortais du cinéma, un de mes parents m'attendaient devant pour me ramener à la maison. Parfois mes amis tentaient de les convaincre que nous ne faisions rien de mal. Nous voulions simplement passer du temps ensemble. En vain.

Par conséquent, vous vous doutez bien que côté sentimental il n'y a rien de bien intéressant. J'étais forcée de refuser les quelques demandes de sortie que j'avais. Ils finissaient par se lasser et se tournaient vers d'autres filles. Je ne vois pas comment je pourrais leur en vouloir, je les comprends totalement même. Qui voudrait être avec une fille qui ne peut jamais sortir de chez ses parents? Je suis restée avec quelqu'un pendant deux petites semaines. Il s'est lassé aussi. Cela finirait forcément par arriver alors, je n'ai pas été déçue.

A présent, comme je n'ai pas l'occasion de sortir, je ne rencontre personne. Les seules personnes que je vois sont ma famille. Alors, le fait que je doive voir fréquemment Evan me rend impatiente dans le sens où je vais pouvoir passer du temps avec d'autres personnes. Cette association grouille de vie et il me tarde déjà d'y retourner.

Cette maison, c'est une prison pour moi. Je n'ai jamais osé me rebeller, de peur des représailles. Bien qu'à la réflexion, ils ne peuvent pas me priver de grand chose puisque je n'ai pas le droit à grand chose. J'envie énormément mon frère d'être parti. Nous nous soutenions, passions du temps ensemble. Même si en grandissant, il commençait à refuser les règles strictes de nos parents, il continuait à passer du temps avec moi.

Maintenant, il est parti et je me retrouve seule ici. Je lâche un soupir puis range mes papiers dans sa pochette attitrée.  Un coup d'œil à l'horloge m'apprend qu'il est l'heure pour moi de descendre mettre la table.

L'amoureux silencieux (Sous contrat d'édition)Where stories live. Discover now