Chapitre 2 - Partie 2 - L'héliade

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La maison surplombait la mer dont la houle paresseuse se brisait sur l'à-pic des falaises. Les habitations voisines s'aggloméraient autour d'une place où se dressaient les Communs.

Le petit bourg où Jestak et sa famille avaient trouvé un toit était niché au creux des rochers. C'était un endroit plein de bruits d'eau. Les vagues entonnaient leur chant répétitif, dès qu'on ouvrait les fenêtres. Le sel mordait les constructions qui en tiraient une couleur blanchâtre, luisante sous les lumières nocturnes. Les astres, la lune et le phytoligocomplexe proche se relayaient pour que jamais la nuit ne soit noire dans le village humain.

Faï et son frère y avaient vécu quelques semaines avant que Jestak ne les installe dans la petite bâtisse en bout de village. L'endroit aurait pu être plus chaleureux. La masure, avec ses tapisseries tellement rongées par le temps qu'on n'en discernait plus les motifs, sentait le renfermé. Les enfants n'appréciaient que moyennement la décoration de faïence à fleurs.

La chambre de Faï, à l'étage, avait été nettoyée avant qu'ils n'emménagent. Jestak y avait fait installer un lit, un bureau, un fauteuil tout mou, des couvertures et des jouets. En quelques jours, la fillette s'était approprié le cocon.

Pour la première fois, elle ne dormait plus avec son frère qui disposait lui aussi de son petit chez lui ; la porte juste en face. Jestak logeait en bas, quand elle rentrait, quand elle avait le temps. Rarement. Les deux enfants étaient seuls le plus clair de leur temps et Faï avait pris l'habitude de s'installer à la fenêtre. Elle scrutait le dehors sombre, la plage, les étoiles. Elle attendait souvent pour rien.

La fillette n'aimait pas la mer. Elle lui préférait largement les paysages vallonnés des cimes plus au nord. La vie y était moins facile, ils avaient plus froid, mais, au moins, il n'y avait ni sable pour s'infiltrer jusque dans les draps, ni sel pour moisir tout ce qui restait un peu trop à l'extérieur. Mieux, il y neigeait.

Certains soirs, comme ce soir-là, Faï n'attendait pas en vain. Lovée dans une couverture très douce, assise sur son lit, ses yeux pétillants d'admiration, elle fixait l'Once, à en oublier de les cligner.

La sorcière, sous les traits d'une jeune fille brune aux cheveux longs et raides, était installée sur le rebord de la fenêtre, adossée à la vitre. Elle ne regardait pas le paysage. Un sourire aux lèvres, elle contait une histoire extraordinaire.

« Au final, conclut-elle, ils ont décidé de garder la licorne.

— Encore une ! » s'écria Faï.

Elle se tenait penchée vers l'avant, presque à en tomber. Ses pieds pendaient du lit.

« Une autre histoire, avec un animal encore plus fou ! »

L'adolescente sauta au sol avec souplesse.

« Pas ce soir, Faï. Il est tard et je dois dormir un peu cette nuit », répondit-elle d'une voix douce.

Elle prenait toujours une voix douce au moment de partir. La fillette fronça le nez et la dévisagea, cherchant un prétexte pour la faire rester plus longtemps. Même si la sorcière ressemblait à une ado, ce joli visage fin encadré de noir s'animait souvent des expressions un peu tristes des grandes personnes. Elles en avaient déjà parlé. Ce n'était pas sa vraie apparence. Faï ne devait surtout pas parler d'elle. Jamais.

« On discute alors ? » proposa-t-elle en repoussant les couvertures.

Discuter sérieusement, ça lui faisait gagner du temps, l'Once partirait moins vite.

« Très bien. Discutons. Comment va ta mère en ce moment ?

— Sais pas. Pas vu aujourd'hui, pas vu hier. Eh, j'ai appris à faire des cookies pour Kyrr ! Je peux lui cuisiner tout un repas maintenant », répondit la gamine en changeant instantanément de conversation.

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