Chapitre IV - Partie 2

12 0 0

Gladio ne remarqua pas que Geldrog et Dorian s'étaient beaucoup rapprochés l'un de l'autre. Il ne s'en rendit compte que lorsqu'ils lui lancèrent cinq dagues effilées, le clouant au mur. Ses protégés, fous de rage, se précipitèrent sur les quatre acolytes. Ils furent cueillis par une Morgane furieuse et Gaerald. Du sang gicla, inondant le sol froid de flots rouges, des hommes tombèrent, et bientôt, il n'en resta que trois. Ces rescapés s'enfuirent, tenant plus à leur vie qu'à leurs gages. Tremblante et couverte de sang, Morgane s'approcha de Gladio et dit clairement :

« Mon oncle, la mort est la seule chose que tu mérites. Tu as asservi des centaines de parias, tu as tué ta sœur et son mari, vendu tes fils et prostitué tes filles. Je te demande de vivre la souffrance. » Elle l'émascula violement à travers la laine de son pantalon. « De connaitre le mépris et la haine de tes victimes. » Ils libérèrent lentement tous les prisonniers et rameutèrent une foule de rebelles. Ceux-ci eurent l'ordre de frapper la plaie béante qui lui couvrait l'entrejambe. Morgane lui lacéra le visage et cracha :

« Salue mes parents de ma part ! » Sur ce, elle lui planta une dague dans la gorge et une dans le cœur. Il hoqueta de stupeur et mourut d'un ultime coup dans l'entrejambe. La jeune fille tomba alors soudainement dans les bras de Geldrog, secouée de lourds sanglots :

« Aide-moi ! J'ai peur ! J'ai... aimé le tuer, aimé le faire souffrir !» Sa poitrine se soulevait brutalement alors que des larmes de sang coulaient sur ses joues. « Je ne veux plus ! Je ne veux plus sentir ce démon en moi ! Ce démon qui me pousse à tuer pour le bien, pour la justice ! » Elle glissa des bras de Geldrog et tomba à quatre pattes dans le sang répandu. Ses cheveux détachés pendaient autour de son visage, tel un voile de souffrance, d'horreur et de peur. « Je me déteste ! Je veux mourir ! Je ne veux plus jamais ressentir ça ! Je... » Elle tomba brutalement sur les pierres sombres et fut rattrapée par Geldrog alors qu'elle avait déjà sombré dans l'inconscience.

Geldrog dispersa la foule de curieux et quitta le bâtiment sans un mot. Dorian et Gaerald se regardèrent en haussant les épaules et le suivirent. Les trois hommes se retrouvèrent dans la tente rouge qui servait de bureau au massif magicien. Ce dernier balaya la table d'un geste du bras et y allongea Morgane. Avec une douceur toute paternelle, il nettoya son visage et ses vêtements du sang qui les tachaient. Lorsque le souffle de Morgane redevint régulier, Geldrog sortit de la tente en demandant à Gaerald et Dorian de surveiller sa pupille, et partit réorganiser le camp, complètement livré au chaos depuis la mort du dirigeant de Klûur.

Etonnamment, il était écouté. Ce n'était pas parce que les gens le connaissaient, pas parce qu'ils lui faisaient confiance, mais parce que Geldrog était le seul à réussir à garder la tête froide. Il était le seul qui donnait l'impression de savoir ce qu'il faisait. Alors les parias écoutaient l'étrange magicien. Il confia la direction du camp à Aachile, un vieil alchimiste plein de bon sens qui avait la confiance des habitants du camp. La garde militaire du lieu fut confiée à un jeune et fougueux affranchi du nom de Kele'n-Tura. Celui-ci n'était pas particulièrement apprécié, mais son teint mat et sa carrure imposante lui donnaient un air sûr et calme. De plus, il était un ancien lieutenant du Joinas, sa capacité à diriger un petit groupe de personnes armées ne pouvait donc être remise en cause. Il laissa ensuite les parias s'organiser seuls. L'air sombre, il rentra dans la tente et vérifia l'état de santé de Morgane :

« Bon, ça ira. Elle sera debout dans deux jours. Elle sera juste très fatiguée et chamboulée. Je répondrai à toutes vos questions plus tard. Pour l'instant, préparons-nous à quitter le camp.

- Bien, dit Dorian, je peux garder les armes que vous m'avez fourni ?

- Bien sûr ! Et tutoie moi, ça me met mal à l'aise quand on me porte trop de respect.

- Aucun problème, acquiesça Dorian, et merci pour cette excellente lame ! »

Sur ce, Geldrog guida ses nouveaux amis vers la réserve de Gladio en portant Morgane dans ses gros bras. Ils furent étonnés de découvrir le palais vide de pilleurs. A croire que les mauvais souvenirs qu'inspirait ce palais dissuadaient les pillages. Au premier étage, ils trouvèrent une grande salle d'armes. Par sécurité, Dorian choisit un plastron de cuir bouilli. Gaerald choisit d'élégants gantelets de soie et d'arabesques métalliques. Une fois prêts, Geldrog envoyât Dorian à l'écurie pour choisir leurs montures. Il guida ensuite Gaerald vers le garde-manger. Ils remplirent trois besaces de vivres et de matériel indispensable au voyage vers Fjek. Ils retrouvèrent l'ancien soldat devant les ruines de la cathédrale. Celui-ci guidait par la bride un magnifique shire noir et blanc et deux frisons à la robe brune tachetée de blanc :

« Le cheval de trait est pour transporter Morgane, expliqua Dorian, les autres sont pour nous. J'ai vérifié, ils sont tous sellés et ferrés. Le shire s'appelle Roc et les deux autres Vent et Foudre, du moins, si on en croit le page terrifié que j'ai interrogé !

- Eh bien, s'exclama Geldrog, je savais que les armées du Nelfgarl étaient efficaces, mais à ce point !

- Ne rêve pas Geldrog, sourit Gaerald, tu traites ici avec un cas exceptionnel !

- Arrête Gaerald, toussota Dorian, tu vas me faire rougir ! » Les trois amis éclatèrent de rire de bon cœur : la détente était bienvenue après ces moments éprouvants. Ils installèrent enfin Morgane et leur barda sur Roc. Geldrog monta sur Foudre et Dorian réussit avec difficulté à grimper sur le dos de Vent. Soudain, Gaerald poussa un cri désespéré :

« Lyn ! Où est-il ! Dorian !

Chroniques de la Mâ - Partie 1/Les paladins de BhaldërusLisez cette histoire GRATUITEMENT !