Chapitre 1 - Partie 2 - Le Vampire de Stuttgart

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La suite, en comparaison, leur sembla calme. Naola raccompagna Mattéo jusqu'à leur lit. Il s'endormit sans tarder. La jeune femme resta un moment à l'observer, tendue, sans réussir à se sortir les images de son compagnon au sol de la tête. Au bout d'un moment, elle se détourna et prit la direction du bureau du Maître. Après quelques secondes d'hésitation, elle y frappa, mais c'est la porte d'à côté qui s'ouvrit. Alix invita Naola à entrer, avec un sourire crispé de lassitude.

La chambre paraissait plus grande que celle de Mattéo. Deux fauteuils, disposés autour d'une table basse au pied du lit, aménageaient une espèce de salon. Cette pièce, meublée avec une élégante simplicité, était aussi chaleureuse que son bureau impersonnel. Des cadres et des photographies décoraient les murs de couleur crème, un vase ornait la table basse avec de belles fleurs blanches et des brins de lavande.

La jeune femme s'installa en face du Maître qui s'était laissée retomber dans l'un des sièges. Alix se pencha vers le verre ambré qu'elle s'était servi et en proposa un à son invitée. C'était la première fois que Naola entrait ici. La première fois qu'elle voyait l'Once chez elle, plus détendue, plus accessible. Lasse.

La sorcière, d'un geste habitué, se roula un joint et l'alluma d'un petit sort.

« Tu fumes ? Ça, j'n'aurais pas cru..., fit la plus jeune, la voix un peu trop enjouée, un peu trop forte, pour briser le silence gêné qui s'était glissé entre elles deux.

— Je ne t'en propose pas. Mais si tu en veux, dis-le-moi. »

De belles volutes s'échappaient au-dessus d'elle et disparaissaient, absorbées par un charme. Alix poussa un long soupir de contentement.

« Je ne fume pas en public ni devant les garçons. Mattéo a un peu de mal avec tout ce qui pourrait mener à l'addiction. »

Elle décroisa les jambes et inclina la tête vers son interlocutrice.

« Tu voulais me voir ?

— Je venais te remercier. Et voir comment tu allais.

— Tu n'as pas à me remercier. C'était à moi de le faire », répondit la femme en faisant tourner son whisky breton au fond de son verre.

Elles discutèrent un certain temps, sans but. Naola, curieuse, revint plusieurs fois sur le petit cône incandescent entre les doigts du maître. Ça l'intriguait. Les sorciers ne fumaient pas, ils n'en voyaient pas l'intérêt et c'était bien trop humain pour être socialement acceptable. Au bout d'un moment, elle demanda à tester... et s'étouffa copieusement. Comment Alix pouvait-elle prendre plaisir à ce truc ? !

« À l'époque où j'ai connu mon mari, on fumait très régulièrement tous les deux. Un peu trop, sans doute. La première fois qu'il m'a fait goûter une cigarette, j'ai trouvé ça écœurant. Mais j'y ai pris goût. Cela sentait comme ses baisers. »

Elles glissèrent doucement vers l'ancienne vie du Maître, sa fille, son mariage qui allait à l'encontre de toute la famille d'Amalia. Les unions entre humains et sorciers étaient déjà taboues à l'époque. Ils l'avaient reniée, mais elle n'avait cessé de s'en foutre. De fil en aiguille, elles en évoquèrent le possible mariage entre Naola et Mattéo. La jeune femme rougit et rit. Ils n'en étaient pas encore là. Elle poussa un long soupir, puis se renfrogna :

« C'est assez injuste tout ça »,

Une nuit sans sommeil combinée à l'alcool et la fumette la relaxait et la déconcertait. Elle se montrait plus franche, plus sujette à se laisser emporter par ses émotions. Alix haussa un sourcil à cette dernière remarque.

« Qu'est-ce qui est injuste ?

— Ce que l'Once fait, ça n'est pas reconnu.

— C'est le principe, oui.

— Mais ce que, nous, on fait, tu ne peux pas non plus le reconnaître. T'inviter au mariage si on se marie ? Presque impossible. Et si on a des enfants, qu'est-ce que tu seras pour eux ?

— J'y travaille, Naola... J'y travaille... »

Elle esquissa un sourire énigmatique, de ceux que Naola commençait à connaître. La jeune directrice en saurait bientôt un peu plus, mais pour l'heure, il était trop tôt pour dévoiler toutes ses cartes.


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