Chapitre 1 - Partie 1 - Le Vampire de Stuttgart

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Assise sur le dallage, contre le mur, les genoux remontés contre elle, les bras passés autour et les poings serrés à s'en faire blanchir les jointures, Naola pleurait. Ses larmes silencieuses suivaient toutes le sillon tracé par la première d'entre elles. Un peu plus loin, Alix se tenait à genoux, une main au sol pour se soutenir, l'autre, concentrateur actif, tendu vers sa cible. Naola ne lui avait encore jamais vu les épaules si basses. Elle ne lui avait encore jamais vu une expression si grave, si douloureuse. Le Maître, c'était évident, souffrait de ce qu'il était en train d'infliger à son élève, mais Mattéo, plongé dans le souvenir qu'elle le forçait à revivre, ne pouvait s'en rendre compte.

« Alexandre ! »

La jeune femme sursauta à peine au cri. La voix de son compagnon était brisée, déformée, et ce prénom, à force, n'évoquait plus rien de déchirant. Elle s'y était presque habituée. Prononcé de cette façon, il signifiait que le souvenir approchait de la fin. Il l'avait pleuré tant de fois. Dans son esprit, le petit garçon devait se précipiter vers son frère qui agonisait, comme un corps torturé à mort pouvait agoniser. Salement.

Dehors, le jour pointait. La jeune femme se passa la main sur le visage et la retrouva humide. Cela faisait une semaine que la Fédération avait démantelé la base terroriste de Maison Haute. Une semaine que Mattéo avait été sauvé et une semaine qu'il subissait le contrecoup du supplice infligé là-bas. Ils lui avaient imposé la mémoire de l'assassin de son frère, encore et encore. Tant de fois qu'il n'avait eu d'autre choix que de considérer ces souvenirs comme siens. Il avait tué Alexandre, il y avait pris plaisir. Le dégoût qu'il éprouvait pour lui-même n'avait pas de fond. Il ne mangeait plus, il ne dormait plus, parfois, il tremblait juste à l'idée d'aller se coucher. Il avait fait exploser un miroir qui avait eu le malheur de croiser son regard.

« Encore. »

Naola ferma les yeux. Elle avait cessé de compter. Alix, sans rien dire, le replongea dans sa propre mémoire. Le principe s'avérait risible de simplicité : il revivait sa version de la scène, encore et encore, jusqu'à s'y identifier de nouveau. Devant son Maître, il se remit à pleurer, à crier, à supplier, une fois encore. Il s'écoula un temps qu'il semblait impossible à quantifier avant que, enfin, il souffle, après un long silence :

« C'est bon. »

Après tous ces cris, son esprit avait fini par remettre en ordre les priorités dans sa mémoire. Il n'avait plus tué son frère.



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