Prologue

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Toute ma vie semblait tenir dans un équilibre précaire sur un fil tendu. Le moindre poids pouvait la faire basculer d'un côté ou de l'autre. Chose que j'évitais avec, au choix, fureur, résolution ou désespoir.

Je tâtonnais plutôt que je n'avançais, toujours prête à sombrer. Trop légère, trop lourde, je n'étais jamais à l'aise et raccord avec les gens autour. On aurait pu croire que je le faisais exprès tant ce décalage était perpétuel. C'est un fait que j'avais admis depuis longtemps : il me fallait sans doute plus de temps que d'autres pour arriver à m'adapter. Si j'en avais eu suffisamment j'aurais compris ce qui se passait ou ce qu'on attendait de moi. J'aurais arrêté de décevoir ceux que j'aime les uns après les autres. Cela aurait été plus facile. Je me serais transformée en quelqu'un de gracieux qui évolue dans la vie comme si tout était simple. C'était peut-être ça qui m'avait poussée vers le mannequinat : on me disait quoi faire, j'avais l'air à ma place et je tentais de donner le change.

Autour de moi, les gens s'agitaient, ils fonçaient en tous sens, bouillonnant, courant à travers Londres avec une précipitation que j'admirais, moi qui avais tendance à me traîner. Alors que je m'enfonçais, que tout me pesait, lourde même quand je n'avalais rien, je continuais à me laisser distancer. Mon frère, Heath... les hommes de ma vie m'oubliaient.

J'enviais les autres, c'était mon problème ; leurs passions, leurs opinions... leur densité, quoi. J'étais trop fine, trop transparente, sans substance, sans profondeur aucune. En moi, rien n'avait de sens, j'étais sans dessus dessous. Cette Ellen, « fille légère » par excellence. La mannequin jamais assez maigre pour Photoshop qui finissait aussi épaisse qu'une page de papier glacé dans un magazine et aux yeux des gens. Un cliché ambulant.

Je la détestais. Je la fuyais. Un jour, elle disparaîtrait.

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