L'affaire Henri Verne 3/8

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Un hurlement la tira d'un étrange cauchemar. L'avait-elle rêvé ? Un second, plus strident confirma que non. Kate se retourna agacée d'être ainsi dérangée. D'autres cris suivirent accompagnés d'ordres et de cavalcades.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Aucune idée, répondit Morgane.

Sa bouche était pâteuse, elle fit une grimace et se leva dans l'idée d'aller boire. Les lourdes tendues atténuaient la lumière, mais il faisait jour dehors. Curieuse, elle jeta un œil par la fenêtre. Un attroupement se formait sur la seconde terrasse sans qu'elle puisse en identifier la cause. Seb, sorti sur le balcon du petit salon, se penchait pour mieux voir, elle le rejoignit.

— Alors, c'est quoi tout ce raffut ?

Il haussa les épaules en signe d'ignorance.

— Un accident, semble-t-il.

Kate toute ensommeillée pointa son nez.

— Vous faites quoi, tous les deux ? demanda-t-elle en s'avançant, qu'est-ce que ton mec, fabrique en bas, Seb ?

En effet. Charles se détachait, maintenant du petit attroupement, il se tenait la tête, bouleversé, mais par quoi ? Il regarda vers eux, l'horreur se lisait sur son visage. Les trois amis dévalèrent les étages et coururent à sa rencontre. Ils le retrouvèrent, livide, adossé à un muret. Kate voulut s'approcher du rassemblement, mais le majordome l'en empêcha.

— C'est un meurtre, affirma-t-il. La police est en route.

— Êtes-vous sûr qu'il n'y a plus rien à faire ? Je suis soigneuse.

— On ne peut plus sûr, rétorqua-t-il.

Il se déplaça, lui laissant apercevoir la victime et sa gorge arrachée. À ses côtés restait Henri Vernes qui soutenait un jeune homme en pleurs et serrait sa fille contre sa poitrine.

— Qui est-ce ? demanda Kate. Le savez-vous ?

Le majordome, très pincé, tiqua, mais répondit :

— Éric, un des neveux de Madame, la fille de Monsieur.

Une brume matinale enveloppait encore les hauteurs, mais déjà quelques convives sortaient, sans doute attirés par le ramdam, même s'il s'était calmé. Charles sortit de sa prostration :

— Il faut organiser un périmètre de sécurité, les empêcher de venir brouiller les pistes.

— D'accord, on s'en charge, le rassura Morgane, mais qu'est-ce que tu fichais ici, toi ?

— Insomnie matinale, résuma Seb, quand ça lui prend, il sort marcher.

La police mit près d'une heure à arriver. Elle interdit à tous ceux qui n'avaient pas eu la présence d'esprit de le faire de quitter les lieux et leur ordonna de regagner leurs chambres en attendant d'être interrogé. Les quatre amis remontèrent dans leur suite. Le temps de faire leur toilette et de s'habiller convenablement, un extra leur monta un petit déjeuner.

— Voilà qui est le bien venu, se réjouit Seb, je suis au bord de la crise d'hypoglycémie ! Charles, mon chou, viens t'asseoir avec nous.

À peine sorti de la salle de bain, l'avocat s'était planté dans l'encadrement de la grande porte-fenêtre et regardait la scientifique opérer. Seb dut le rappeler deux fois avant qu'il ne daigne les rejoindre.

— Je ne comprends pas pourquoi ils nous retiennent, soupira Kate, c'est clairement un meurtre de loup-garou.

— Ou bien, c'est ce qu'on a voulu faire croire ? suggéra Seb.

— J'en doute, rectifia Charles, ce garçon a été éviscéré et sa trachée arrachée, aucune arme ne peut infliger de tels dégâts, mais une gueule et des crocs, si.

— Mais ce jeune homme était un des voituriers, pointa Kate, n'était-il pas lui-même un lycanthrope ? Ou ai-je mal interprété la petite mise en scène d'hier soir ?

Seb secoua la tête.

— Éric, comme ses deux frères, a été contaminé très jeune. Une sordide histoire, jamais vraiment tirée au clair, pour ce que j'en sais.

— Il n'a rien vu venir, asséna Charles.

Les yeux de ses amis se firent inquisiteurs. Il déglutit, son regard se perdit dans une vision de cauchemar.

— Ses mains, elles étaient nickelles, pas la moindre trace de poils ou de sang, il ne s'est pas défendu, il n'en a pas eu le temps.

— Tu veux dire qu'il connaissait son agresseur ? demanda Morgane, sa voix s'étranglant dans sa gorge.

Charles haussa les épaules.

— Qu'est-ce que j'en sais ?

Il ne reprenait pas de couleur, malgré le café pourtant bien chaud et généreusement sucré.

— Mange quelque chose, insista Kate, tu vas finir par nous faire un malaise.

Morgane se leva de table et retourna sur le balcon. La police fouillait toujours la terrasse à la recherche d'indices, mais le corps avait été évacué. De nombreux curieux observaient la scène du crime depuis les fenêtres bien sûr, mais aussi depuis les autres terrasses en contrebas. Le week-end promettait de tirer en longueur et pas de manière amusante.

En fin d'après-midi, le bruit courait que l'expertise d'un chevalier avait été réclamée. Il venait de Paris et n'arriverait sans doute que le lendemain. Un agent en uniforme prit la déposition de Morgane, ainsi que celle de Seb et de Kate. En tant que découvreur du crime, Charles dut, pour sa part, affronter un véritable interrogatoire. Il en sortit fort tard et avec une méchante migraine. Il monta rejoindre ses amis dans leur suite, balança les clefs de la Jaguar sur la table et partit s'enfermer dans la salle de bain.

— Charles, ça va ? s'enquit Fred à travers la porte.

Il n'obtint qu'un borborygme en guise de réponse.

Kate fixait le trousseau abandonné d'un air songeur.

— Je présume qu'on est enfin autorisé à foutre le camp, en conclut Morgane.

— Notre chauffeur ne m'a pas l'air d'être en état de conduire, pointa Kate, et vous avez vu le brouillard ?

Morgane sortit sur le balcon, un nuage opaque noyait toute la vallée et avalait jusqu'aux dépendances du château.

L'affaire Henri Verne [TERMINE]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant