Prologue

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   Le lieu de ma convoitise subsiste désormais à moins de quelques mètres, si seulement on m'avait avertie de la route si chaotique pour rejoindre la tombe de mes parents.

  Avec en fond le paysage ensoleillé d'une vaste plage dépeuplée, le cimetière est là, l'endroit parfait où peuvent se reposer et se repentir sur leur vie passée les défunts. Quoique, je ne suis pas exactement sûre de ce qu'il y a après la mort, et comment le savoir, après tout ? La porte de métal rouillée oscilla dans un long grincement strident, je pris alors mon temps pour l'entrouvrir, pris par une stupide croyance comme quoi cela pourrait réveiller les morts. Ce moment de calvaire fini, me voilà dans ce havre de paix tranquille au parfum de sel apaisant.

    La fin de la journée est sûrement un de mes moments préférés durant la journée, pour son côté charmant et calme à la fois. Ça me permet de réfléchir, de prendre le temps pour les choses. Le temps de penser à eux. Tandis que la lumière du crépuscule m'aide à m'y repérer dans ce dédale de pierres tombales, lorsque je vois sur l'une d'elles le même nom de famille que le mien, je m'arrête net.

   Alan et Lise Fischer. Un homme et une femme que je n'ai presque pas connue, mais qui je le sais ont su faire en sorte que ma vie soit la plus apaisante possible. Je ne me rappelle presque plus de la chevelure blonde ocre de ma mère, dont l'image s'efface peu à peu dans mon esprit comme une vielle photo argentique. Tout comme le sourire niais de papa, qu'il me ressortait je me souviens chaque fois que je faisais une grave bêtise. Pourtant, ils sont là, dans mon cœur, les vestiges de mes souvenirs à jamais gravés dans ma mémoire.

   Quelqu'un m'a devancé dans ma quête de repentance, car des fleurs ont déjà été disposées au dessus de l'énorme dalle de granit. Des acacia roses datant sûrement de ce matin vu le piteux état dans lequel je les trouve. Je ne peux m'empêcher de démasquer ma sœur Annabelle pour son obstination à faire les choses de si bonne heure, comme à l'époque.

   Pardonnez-moi, je m'apprête à déborder sur des souvenirs de mon passé alors que je ne me suis même pas présentée. Mais qu'importe, vous aurez l'occasion de me découvrir dans l'histoire que je m'apprête à vous raconter.

   Vous savez, il y a des périodes dans notre vie qui ont été un véritable cadeau pour nous. Il y a les bons, ainsi que les mauvais, mais ceux dont je vais vous parler sont les deux à la fois. Ce sont des cadeaux empoisonnés desquels on ne se rend compte de leur bienfaisance que seulement quelques longues années plus tard, et qui une fois pris en compte changent considérablement notre vie.

   Ma période à moi, cette partie de ma vie qui a été aussi épanouissante que marquante, je l'ai vécue lors de mon adolescence,où j'étais à la fois la plus enfantine et la plus mature, la plus pauvre et la plus gâtée, la plus ingrate et la plus reconnaissante, et dont les souvenirs me reviennent aussi finement que la brise de ce vent de soirée.

    J'avais alors quinze ans.

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