Chapitre 1 | Compagnie

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Le soleil commençait à peine à se montrer que Naschi était déjà levé. Les ronronnements des conduits d'aération de la ruelle qui lui servait de campement l'avaient empêché de fermer ses yeux d'un gris argenté de toute la nuit. Son ventre criait famine et il n'avait plus rien à manger. Et ce n'était pas en cherchant dans les poubelles du quartier industrielle qu'il risquait de trouver de quoi se nourrir. Il finissait de ranger ses affaires et sorti doucement de la ruelle. Les rues étaient encore désertes à cette heure de la journée. Quelle heure était-il d'ailleurs ? Le jeune homme n'en avait aucune idée. Encore moins de la date. A quoi bon le savoir ? Chaque jour, chaque heure, chaque minute. Elles étaient toutes identiques... Depuis un an, Naschi passait son temps à errer dans les rues d'Alquas à la recherche de quoi survivre mais surtout, de son identité. Qui il était, d'où venait-il, que faisait-il ici seul ? A part son prénom, il ne se rappelait de rien avant son réveil au beau milieu du Jardin de la Serre. Tôt un matin, un gardien du jardin l'avait retrouvé inconscient renfermer sur lui-même. Le gardien l'avait transporté discrètement jusqu'à l'entrée secondaire où il l'avait déposé sans plus s'en occuper. Depuis, il était comme un fantôme, seul, invisible aux yeux de la société. Son allure générale n'aidant en rien son intégration. Du haut de ses un mètre soixante-dix, Naschi arborait une impressionnante tignasse noire extrêmement sale. Ses cheveux formaient des mèches ressemblant à s'y méprendre à des plumes. Son visage d'un blanc cadavérique, tout comme sa peau, affichait une mine fatiguée. Un blanc qui faisait ressortir l'étrange tatouage noir qu'il possédait sur l'avant-bras gauche. Il représentait une sorte de corbeau déployant ses ailes que le jeune homme tentait tant bien que mal à dissimuler malgré les loques qu'il portais. Il prit la direction du quartier commercial afin de se restaurer un petit peu.

La ville était divisée en sept zones ayant chacune sa particularité. Le quartier industriel était la zone où se trouvaient toutes les usines et, surtout, les extracteurs de psymaz : l'énergie de ce monde. Personne ne sait trop de quoi elle était faite mais le peuple d'Osiris avait su au fil du temps développer leurs connaissances pour apprendre à l'utiliser et pouvoir rendre la capitale autonome. Le quartier financier, le plus protégé après l'Alquas Tower, était un peu le porte-monnaie d'Osiris. Toutes les banques, assurances et sièges sociaux des grosses entreprises de la planète y étaient implantés. Le quartier Vert, lui, était le poumon de la ville. Avec ses multitudes de jardins, l'air y était quasi pur. C'était l'endroit idéal pour installer tous les hôpitaux, cabinets médicaux et pharmacies de la ville. Comme son nom l'indiquait, le quartier résidentiel était la zone où tous les Alquasiens habitaient. L'ambiance y était toujours calme voire morte en journée. Naschi n'avait jamais compris ce que les gens pouvaient aimer à rester enfermé dans une maison comme ça... Le quartier commercial était toujours animé, de jour comme de nuit. Entre les multitudes de restaurants et de bars, vous pouviez y faire du shopping comme sortir danser ! C'est LE quartier d'Alquas. La ville était reliée au reste de la planète grâce à la Porte. C'était d'ici que partaient tous les véhicules aussi bien terrestres que marins, aériens ou spatiales. Afin de diriger la planète et d'en assurer la sécurité, le gouvernement d'Osiris avait érigé une immense tour au centre de la capitale afin de coordonner aussi bien leur politique que leurs actions militaires ou policières.

Après une bonne heure de marche, Naschi atteignit enfin le quartier commercial. Son ventre ne cessait de réclamer de la nourriture. Comme à son habitude, le jeune homme se dirigea vers les ruelles où se situaient les poubelles des restaurants. N'ayant pas d'argent, il ne pouvait pas se payer un quelconque repas. Il fouilla les containers à la recherche de denrées encore consommables, seulement aujourd'hui la chance n'était pas avec lui. Les poubelles étaient vides... Son estomac exprima son mécontentement tellement fort que cela mis Naschi à genoux. Comment allait-il faire ? La dernière fois que cela c'était produit, il fut contraint de se trainer jusqu'au quartier Vert à la recherche de fruits oubliés dans un des Jardins. Seulement cette fois, sa faim le rendait beaucoup trop faible pour accomplir le voyage. Il se retrouva sur le flanc, serrant son abdomen avec ses bras. Il commençait à perdre connaissance quand un picotement désagréable lui prit au niveau de son avant-bras gauche. Son tatouage pulsait. Le jeune homme se demanda d'abord si la faim le faisait halluciner jusqu'à ce que le picotement et la faim soient si fort qu'il en tomba inconscient.

Quelques heures plus tard Naschi se réveilla. Il était toujours dans la ruelle derrière la boulangerie, seulement il faisait maintenant nuit. Il avait encore très faim mais les picotements sur son avant-bras avaient disparu. Il le regarda pour voir comment il allait quand il se rendit compte que le tatouage avait également disparu.

« Croaaa ! »

Naschi sursauta et leva la tête afin d'identifier d'où venait le bruit. Là, devant lui, ce tenait un petit corbeau aussi noir que les cheveux du garçon et les yeux aussi gris que les siens. Sous ses pattes, un petit bout de viande. Naschi n'osa pas s'approcher. La viande lui donnait extrêmement envie mais le corbeau le fixait droit dans les yeux. Leur échange de regard dura quelques secondes avant que le corbeau ne se déplace afin de laisser la nourriture accessible. Cependant Naschi ne bougea toujours pas. Le tatouage qui disparaissait et ce corbeau posé sur la seule chose dont il rêvait depuis ce matin. L'oiseau regarda tour à tour son voisin et la viande avant de rapprocher le bout de viande vers le jeune homme. Ni une ni deux, ce dernier englouti d'une traite le morceau ! Malgré sa petite taille, son repas l'avait rassasié. Il s'assit en tailleur devant le corbeau qui ne s'était arrêté de le fixer. C'était lui qui lui avait ramené ce morceau de viande ? Pourquoi ? Naschi tendit son index vers lui et le corbeau bondit dessus afin de s'y installer. De son autre index, il commença à lui caresser la tête. Il ne savait pas d'où il venait, mais il était sûr d'une chose : ce corbeau l'appréciait.

Il commençait à se faire tard, Naschi ne pouvais pas rester dans ce quartier pour dormir. Les rues sont généralement mal famées le soir, et il n'était pas capable de se défendre. Il décida donc de se diriger comme tous les soirs vers le quartier industriel. Seulement cette fois ci, il ne dormira pas seul. Le corbeau le suivait depuis sa sortit de la ruelle. Naschi l'attendit afin qu'il puisse se poser sur son épaule et reprit sa route.

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