Chapitre III - Dernière Partie

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Dans une cour intérieure se déroulait un concours de combat, pour entrainer le physique et le moral des troupes. Qe'ti sourit et décida d'y participer. Il s'avança dans l'arène, sous les acclamations des soldats. Il attendit la fin des applaudissements et dit :

« Celui qui me vaincra recevra cents florins ! Les plus jeunes d'abord. » Une foule de blancs becs se forma alors devant lui. Il en choisit un au hasard et engagea le combat. Il fit de même avec quinze jeunes recrues avant de prendre un peu de repos. Il continua ainsi pendant presque une heure avant de sélectionner un solide vétéran du nom de Voltran. Ses cheveux grisonnants étaient coupés courts pour ne pas le gêner lors de son combat.

Celui-ci s'inclina devant son futur roi et posa respectueusement son armure et sa large épée recourbée à ses pieds. On lui fournit une protection de cuir sombre et une petite épée de bois. Pendant ce temps, Qe'ti buvait un peu en reprenant des forces. Voltran attendit que son maître se relève. Ils se saluèrent selon le protocole et Qe'ti engagea le combat sans attendre.

Il se tourna, dos à son adversaire, et donna un large coup de taille - que Voltran esquiva sans mal – et voltigea autour de son adversaire en visant ses jambes. Voltran sourit et fit un pas en avant pour assurer sa stabilité et donna un large coup d'épée à l'endroit où Qe'ti aurait dû atterrir. Celui-ci le vit et tendit le bras pour prendre appui sur l'épaule de son adversaire avant de se projeter encore une fois au-dessus de Voltran. Le vétéran recula légèrement et se roula en boule. Qe'ti atterrit sur son dos. Aussitôt, Voltran se releva avec vélocité, projetant son prince à terre.

Aussi vif qu'un félin, Voltran se jeta doucement sur Qe'ti, l'immobilisa et posa sa lame de bois sur la gorge du jeune prince. Celui-ci sourit, se releva et lui tendit une petite bourse rondelette. Voltran eut un sourire jusqu'aux oreilles avant de retourner dans la foule des soldats royaux. Qe'ti salua la foule et se tourna vers l'édifice principal pour aller faire, de mauvaise grâce, son rapport à son père.

Il entra dans le donjon et déambula pendant une demi-heure entre couloirs, salles immenses, cabanes suspendues au-dessus du vide et escaliers vertigineux pour atteindre enfin la cachette de son père. Cette salle où il se retirait pour être en paix. La chambre au sommet d'une des tours servait surtout en été. Ce havre de paix avait une porte simple en bois verni et possédant quelques moulures artistiques. Lorsque l'on passait cette porte, on se trouvait dans la plus haute des cabanes au-dessus du vide. Bien qu'entièrement construite en bois, le sol, les murs et le balcon avaient été renforcées de métal pour éviter tout accident.

Qe'ti trouva son père avachi dans un fauteuil à l'armature complexe. Il fumait de l'Uggr, importé à grands frais de Priserme. En effet, c'est dans ce pays qu'avait été créé la drogue, et donc là où on l'on trouvait les meilleurs alchimistes d'Uggr. Le vieux roi Kitari offrait là une bien piètre image de lui : avachi dans un vieux fauteuil, drogué, sa barbe grisonnante et broussailleuse couverte de poussière après de longues heures immobile... Qe'ti le ramena à la réalité en le secouant sans ménagements :

« Oh, le vieux, debout ! Tu as un royaume à gérer, arrête de te défoncer à l'Uggr ! » Kitari se leva lentement et fixa son fils aîné de ses yeux vides et rouges. Le prince soupira et gifla son père à plusieurs reprises pour lui faire reprendre conscience. Cela ne fonctionna pas. C'est à ce moment que Qe'ti remarqua la légère poussière en suspension devant les yeux de son père. Intrigué, le jeune homme tira des plis de sa cape un monocle ouvragé au verre d'un gris velouté. C'était un cadeau ancestral, transmis de générations en générations. Très jeune, Qe'ti avait remarqué que cet étrange objet lui permettait de voir les choses différemment. Le clair s'obscurcissait et l'obscur s'éclaircissait lorsqu'il portait ce talisman. Il le porta à son œil et sursauta.

Chroniques de la Mâ - Partie 1/Les paladins de BhaldërusLisez cette histoire GRATUITEMENT !