XIV - Abandon

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Des battements de cœur. C'est tout ce que Jimin entend. Il y a les siens, tambour de guerre résonnant dans l'espace sombre dans lequel il se trouve, mais il perçoit d'autres cœurs, d'autres rythmes fantaisistes, allegro, piano, staccato. Son dos heurte alors quelque chose de dur, et les percussions organiques se taisent. Le silence fait partie de la musique de son âme.

A travers ses paupières closes une lumière assez vive filtre, et alors qu'il se redresse en position assise, sentant de l'herbe légèrement humide sous ses doigts, il n'ouvre que très précautionneusement les yeux, papillonnant tandis qu'il regarde autour de lui. Son cœur fait un bond dans sa poitrine lorsqu'il reconnaît la bâtisse qui se dresse fièrement dans le soleil matinal. Il est de retour au manoir.

Réprimant un soupir de soulagement, il se lève doucement, testant la fiabilité de ses jambes légèrement tremblantes avant d'oser faire un pas. Les événements de la veille lui reviennent brouillés, il se rappelle avoir désiré fuir à tout prix pour une raison qui ne lui revient pas, de sa course dans la nuit et puis plus rien. Respirant l'air frais qui fait du bien à son esprit encore un peu embrumé il relativise, se forçant à se relaxer. Après tout il est entier, dans un endroit qu'il connaît désormais et surtout pour la première fois depuis son arrivée le poids sur sa poitrine a disparu.

S'autorisant même à siffloter, il marche d'un bon pas, l'humidité de la rosée l'ayant un peu refroidi. Il a hâte de rentrer à l'intérieur et de prendre un bon bain chaud. Rêveur, il arrive après avoir gravi la pente douce devant le manoir sur l'étendue émeraude plus plate, et son œil est attiré par quelque chose. Un fauteuil trône en plein milieu de la pelouse, imposant et richement décoré de tissu brodé rouge et or. De chaque côté se trouve une méridienne assortie, mais ce ne sont pas les meubles ni l'emplacement incongru de ces derniers qui a forcé Jimin à l'arrêt.

Non, ses yeux ne sont pas fixés sur les sièges définitivement sortis d'une autre époque mais sur les personnes qui se trouvent dessus. Devant lui, Yoongi, Jungkook et Taehyung. Les deux jeunes sont nonchalamment étendus sur les banquettes, seulement vêtus d'un boxer noir et d'une chemise blanche déboutonnée qui révèle leur peau d'albâtre sans aucun défaut. Un ras-de-cou noir sied leur cou fin et vient compléter leur tenue plus que légère. Au centre, tel un maître avec ses compagnons canins se dresse Yoongi, assis le dos bien droit sur son fauteuil. Son allure altière le fait ressembler à un roi sur son trône.

Ce dernier est plus habillé que les deux plus jeunes, entièrement vêtu de noir. Veste noire brodée, chemise à jabot noire, pantalon noir, bagues noires brillant à ses doigts, pantalon noir et chaussures noires. Un ange de la mort amputé de ses ailes. Jimin remarque alors que l'aîné tient dans ses mains de fines chaînes, qui sont reliées aux colliers de Taehyung et Jungkook. Yoongi les tient en laisse. La parallèle entre un maître et ses fidèles chiens ne cesse de s'accentuer, et Jimin est écœuré de cette vision si dérangeante.

Mais ses yeux refusent de se détourner de ce tableau obscène, et à sa plus grande horreur ses jambes se mettent en mouvement, l'amenant à environ deux mètres de la scène. Là elles se plantent dans le sol, laissant leur propriétaire horrifié, les yeux écarquillés devant la beauté et l'immobilité sculpturale des trois personnages qui fixent leurs orbes sombres sur lui, dans une attitude de provocation silencieuse. Et ce n'est que le début du cauchemar.

« Bienvenue Jimin, s'exclame soudain Yoongi d'une voix étrangement sifflante, profite du spectacle, après tout nous ne sommes là que pour toi... »

Wings : The Sin ManorLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant