S02 - E01 - Détour

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Mes mirettes s'habituent peu à peu au vide. Autour de moi, l'espace scintille maintenant comme une poignée de diamants ; les étoiles lointaines hurlent qu'elles sont là, à m'attendre. Si j'en avais les moyens, je raflerais le tout et irait revendre cette jolie cueillette au premier panier percé du secteur... Mais niveau équipement, je suis loin d'avoir ce qu'il faut sous le capot !

J'évite quelques astéroïdes imposants, j'en déblaie deux-trois autres avec mon laser de minage. Comme ma soute est trop pleine, la poudre de caillou stellaire se répand nonchalamment dans l'espace et vient percuter mon bike pour lui rajouter quelques zébrures sur sa coque flamboyante, ombre et or. Je les imagine comme des blessures de guerre qui gonfleront ma légende de baroudeuse folle, lorsque je montrerai mon Harli dans les garages spatiaux. Cette idée-là me fait marrer.

La jauge de soute gueule encore et toujours. Il va vraiment falloir que je bazarde tout ce que j'ai ramassé sur Onnonaduw. Le minage a été copieux et je suis certaine de pouvoir en refourguer le résultat à vitesse supraluminique... Si tant est que je déniche un marché dans la banlieue proche.

J'allume le scanner. Il ronchonne un peu, il est très lent au démarrage. Faut dire qu'il a été pas mal bousculé ces derniers temps, comme le reste de ma bitza... Je lui fourre un petit coup bien senti sur son "pif" et il finit par se lancer. La vrille bleutée du scan passe le vide au peigne fin, puis un triangle jaune apparaît enfin sur l'écran. Distance : 658000 kilomètres et des brouettes. La porte à côté, cette station ! Dedans, il y a un bureau de commerce et plusieurs hôtels, c'est parfait. Un sourire se dessine sur mon visage. Je rêve déjà à la piaule de luxe que je vais pouvoir me payer sur "Fiasco VI" - le nom de la dite station. Juste pour décompresser une petite semaine, avant de repartir sur les routes spatiales.

Je règle le cap et pousse les manettes à fond, tout comme l'accélération. C'est le moment de me cramponner à mon siège. Le noir de l'espace devient de plus en plus lumineux, il se déchire ; une foultitude de traits de couleur m'entourent, m'avalent. C'est l'effet de la vitesse : je m'engouffre dans un tube étroit et extensible, comme un pied qui se glisserait dans une très longue chaussette à l'intérieur tapissé de néons flashy. Les kilomètres s'égrainent par paquets de dix mille. La coque de ma bitza tremblote, mais elle est habituée, elle tient bon. Après tout, elle a quand même survécu à un foutu crash, puis à une foutue fournaise ! Un tunnel d'accélération, c'est vraiment de la gnognotte, à côté.

Soudain, à mi-parcours, l'écran-radio reçoit un message d'alerte. J'arrête le système pour déchiffrer ce qui clignote sous un panneau orange. Neuf fois sur dix, dans une zone aussi reculée de l'espace que celle-là, je n'y aurais jamais prêté attention. Neuf fois sur dix, c'est un appât posé par un pirate, une sale balise sur un bout de rocher, faite pour vous attirer dans un guet-apens.

Mais cette fois, le message de détresse est signé. Pili, mon copain de vadrouille, mon partenaire de toujours, vient de refaire surface sur une minuscule lune à proximité. Et il est manifestement dans de sales draps.

Cassy - DU. 16-1112 - T°C : - 226 ° C (ext.) / 19° C (int.) - Loc. : système Oibosolumill (Euclide) 

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