8. Fracas

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A intervalles réguliers, doucement, le morceau de bambou en percutait un second. Il s'éloignait alors pour mieux revenir. L'objet animait la pièce qui serait aussi silencieuse que la mort sans lui. Quelques rares meubles habillaient l'endroit, le plus gros étant un lit de bois sur lequel était étendue une jeune femme. Son corps était recouvert de bandages plus ou moins ensanglantés, un infirmier les lui changeait avec patience et délicatesse.

Elle s'éveilla alors qu'il reposait sa main nouvellement enveloppé de linge blanc. Elle eut un sursaut et jeta des coups d'œil partout autour d'elle. Elle fut parcourue de tremblements et l'homme vit qu'elle essayait de bouger par tous les moyens. Seulement son corps n'était pas en état de suivre les directives de son cerveau. Il était broyé, les muscles étaient bien trop amochés pour pouvoir se contracter. La simple pensée de mouvement lui provoquait des douleurs insupportables mais elle tentait encore et encore de bouger.

— Laissez-nous, ordonna un homme posté dans un recoin de la pièce.

L'infirmier obéit et s'éclipsa sans bruit. Le guerrier avança vers le lit puis posa son regard sur la jeune femme qui lui murmura une supplique. Elle avait un besoin désespéré de compréhension.

— Je t'avais dit que Rufus était dangereux.

Les larmes roulèrent sur les joues d'Aitsuki qui voulut répondre mais aucun son ne sortait de sa bouche. Elle avait mal, tellement mal... A côté d'elle Nox était encore en sang, ses plaies avaient été recousues et pansées mais il était toujours vêtu de son habituelle tenue de combat qu'il n'avait pas nettoyé depuis... Elle n'arrivait pas à s'en souvenir mais il fut là, elle en était certaine. D'une façon ou d'une autre il avait participé à cet enfer.

— Je dois te poser des questions.

Des milliers d'entre-elles résonnèrent sur le champ dans sa tête, mais seul un brouillard lui répondit. Son cerveau ne pouvait pas lui fournir de réponses, il ne voulait pas. Elle tenta de se remémorer les derniers évènements, des bribes remontèrent à la surface mais les flashs ne furent que peur et souffrance. Une vague d'hormones déferla dans ses veines et attaqua tout sur son passage. Aitsuki se contracta, gémit et ne put stopper le torrent de larmes qui dévala le long de ses joues.

Elle se leva, du moins son cerveau parvint à envoyer cet ordre à son corps, mais aucun membre ne répondit présent. Pourtant il y avait urgence, la fuite était la seule option. Nox posa une main sur son épaule bleuie par un imposant hématome et lui intima le calme. Aitsuki le repoussa mais sa tentative de coup se transforma en un effleurement.

— C'est fini, l'informa Nox, ce n'est plus la peine de fuir, le danger n'est plus.

— Laisse-moi partir, réussit-elle à articuler.

— Pas avant que tu ne me répondes. Pourquoi ?

Règle numéro un de La Chimère ? Ne pas parler aux mages-guerriers.

— Je te fais une faveur en menant ton interrogatoire, reprit le mage-guerrier qui était au moins aussi exténué qu'elle. Rends-moi la pareille.

— Laisse-moi partir...

Nox se pencha vers elle et lui glissa quelques mots à l'oreille.

— Je sais que c'est toi qui est la cause de tout cela. Elles étaient là pour toi. Peu importe ce que tu inventeras je saurai que c'est faux. La seule chose que tu dois prendre en considération maintenant est le temps que tu vas passer dans le puits. Soit tu me dis la vérité et tu survivras peut-être à ton passage en bas, soit tu restes butée, le conseil de Théa t'interroge et tu mourras en bas. Alors je vais poser ma question une dernière fois : pourquoi ?

Il se redressa et Aitsuki le dévisagea de son œil non bandé. Elle voulut lire sur son visage l'étendue de sa connaissance mais Nox ne laissait rien transparaître. A l'entendre il savait tout, mais si cela était vrai il ne poserait pas la question. Que ferait Rufus dans une telle situation ? Aitsuki songea non sans un certain amusement que Rufus rirait d'une telle menace et enverrait Nox sur les roses en lui offrant un verre d'oublitout.

— Nox, murmura-t-elle entre deux gémissements de douleur.

— Oui ?

— Le jeudi soir on fait Happy hour, passe boire un verre.

Elle réussit à esquisser un sourire puis eut une quinte de toux qui manqua de l'étouffer. Le mage se renfrogna, vexé.

— C'est la dernière fois que je te sauve la vie, grommela-t-il en faisant demi-tour direction la porte.

Le mage parti, Aitsuki se retrouva seule avec sa mémoire, à la recherche de souvenirs lui permettant de reconstituer les derniers évènements. Seulement elle bloquait, comme si une barrière l'empêchait d'accéder à certaines zones. Et plus elle cherchait, plus elle souffrait.

Elle resta ainsi de longues heures dans le brouillard de son esprit, physiquement et moralement bloquée dans cette petite chambre d'hôpital. Le silence de la pièce était en rupture avec les bruits provenant du couloir où régnait une agitation permanente. Nox avait refermé la porte derrière lui mais le son filtrait à travers les jointures et le bois peu épais.

Quelqu'un frappa à la porte, Aitsuki espéra de tout cœur que ce soit Rufus mais ce ne fut qu'une femme âgée. Vêtue d'une longue robe couleur de sable rehaussée par la chaleur de sa peau chocolat, elle arborait un sourire apaisant. Elle posa une main douce sur celle gelée d'Aitsuki et se présenta.

— Je suis Capucine, chef du clan Dlyss, seizième génération.

Aitsuki en écarquilla son œil valide, cette femme était une ancêtre. Elle-même était de la vingtième génération de chefs. Quant à son clan, il n'était rien de moins que l'un des plus grands et des plus virulents de Théa. Les chefs de Dlyss avaient une longue tradition de féminisme qu'elles assumaient avec force et fierté.

— Je... Je ne sais pas ce qu'il s'est passé.

— Ne t'inquiète pas mon petit, je sais. Nous avons subi une attaque aussi subite que violente. Nous en ignorions les causes mais sois assurée que nous le découvrirons tôt ou tard. Plusieurs chefs de clans sont morts ainsi que de nombreux soldats et civils, le conseil ne laissera jamais passer un tel affront.

Elle sourit un peu plus, accentuant la peur chez Aitsuki qui redoutait que Nox l'eut informée de ses soupçons. Mais la vieille femme se contenta de s'asseoir sur un siège et de prendre de ses nouvelles. Elle lui raconta que sa mission actuelle était de faire le tour des blessés afin de s'assurer que personne ne restait seul, sans soin.

— Parle-moi de ta chef de clan mon petit, qui est-ce ?

— C'est moi, répondit Aitsuki avec difficulté, il n'y a que moi.

— Oh ? Je ne t'ai pourtant jamais vue au conseil. C'est très grave, le rôle de chef de clan est très important pour Théa. Nous garantissons la paix et le bon fonctionnement de la cité.

La jeune femme n'en croyait pas ses oreilles, elle s'attendait à un emprisonnement, une sentence quelconque mais au lieu de cela l'ancêtre la rouspétait ? C'était inconcevable.

— Mais, Nox ?

— Qu'a-t-il encore fait ?

— Il... Elle hésita, Capucine ne semblait rien savoir de sa relation un peu particulière avec le mage-guerrier, ni à propos de ses soupçons. Il était là non ?

— Possible, répondit la chef de clan, il est chargé d'enquêter à propos de cette attaque. Pourquoi ? T'a-t-il posé des questions ?

Atsuki nia en bloc, et repartit dans une crise de larmes qui apitoya l'ancêtre. Ce n'était pas volontaire mais il lui en fallait peu pour pleurer depuis son réveil. Capucine lui ordonna de se reposer, de ne se soucier de rien pour le moment.

— D'abord il faut te soigner, ensuite viendra le temps du deuil, puis celui de la vengeance.

Le mot de la fin par Word :

fW*M�e� 

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