Chapitre 21 : L'Assassin Royal

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La lune la baignait de ses rayons argentés. Son globe plein attirait le regard de Béthanie, qui leva la main vers elle, les yeux dans le vague. La lune. La lune avait été témoin de tant de choses. Bien plus que le soleil, cet astre ardent qui donnait la vie à tant de choses. La lune avait vu les débuts.

Les débuts de Marc et elle.

Le visage de son grand-père voila son éclat, la faisant faiblement sourire. Il attrapa sa main tendue, parla. Elle ne l'entendait pas. D'un autre côté, son crâne avait rebondi sur le sol au moment de l'impact. On ne pouvait pas lui demander d'être claire.

On pouvait seulement lui demander de se souvenir.

-Papy, murmura-t-elle, incapable de savoir si les mots sortaient réellement de sa bouche. Tu sais... Je ne suis pas celle que tu crois... Marc... Est le seul à savoir... Le seul...

*

Marc Sigmar était l'ennemi de Brilois depuis des années. Capitaine audacieux, il avait à lui seul détruit des centaines de navires du royaume. Le Roi s'arrachait les cheveux à la simple mention de son nom, et sa tête était désormais mise à prix. Il défiait sans cesse la couronne au nom de celle de Miflam, allant même jusqu'à attaquer les lignes ennemies sans l'accord de ses généraux. Pour, au final, toujours parvenir à sauver ses compatriotes.

Pour toujours parvenir à aider les siens.

Le Roi, la Reine, et son frère le haïssaient.

Béthanie l'admirait.

Enfermée derrière les murs du château de Brilois, elle regardait la ligne d'horizon en pensant à ce capitaine. En rêvant qu'un jour, ce serait lui qui attaquerait la capitale. Qu'il pénètrerait les défenses Briloises, pour prendre possession de la place. Qu'il la libèrerait, que ce soit dans la mort ou dans l'exil.

La mort... Elle y pensait souvent. Pourtant, elle ne pouvait se la donner elle-même. Par lâcheté ou par colère, elle ne le savait pas. Mais le simple fait de vivre énervait sa belle-mère et son frère, aussi avait-elle l'intention de rester encore longtemps. Rien que pour voir leur tête à chacune de ses entrées dans une pièce, rien que pour voir leur dépit à chaque coup de fouet.

De toute façon, ils ne la laisseraient pas faire.

La mort, elle y pensait souvent, en fait. Mais pas pour elle. Si elle en avait la force, si elle en avait l'occasion... Ce serait eux qu'elle tuerait.

C'était dans l'un de ces jours, où elle regardait la pluie battante par-delà les hautes fenêtres, que sa vie avait changé. L'une des servantes était venue la chercher en courant. Ils l'ont attrapé ! lui avait-elle dit.

Qui ça ?

En arrivant dans la salle de bal, elle avait compris.

Agenouillé sur le sol, Marc Sigmar avait le visage couvert de sang. L'une de ses arcades sourcilières était ouverte, des plaies recouvraient son torse nu. Les mains attachées dans le dos, il dardait sur le Roi un regard plein de haine, plein de défi. Béthanie n'avait pas tout de suite entendu les paroles de son beau-père.

Elle avait été comme statufiée en découvrant le fier capitaine ici. Agenouillé devant la souveraineté Briloise, pris au piège. Voué à une mort certaine, au nom de tous ses méfaits commis contre la couronne. Au nom de tous les miracles qu'il avait accomplis pour Miflam.

-Ma fille ! Viens donc ici !

À l'ordre du Roi, elle était allée s'asseoir sur l'un des trônes, prévu à cet effet. Marc Sigmar l'avait suivi des yeux, pleins de colère. Horrifiée, elle s'était assise, non sans une grimace. Voilà longtemps qu'elle ne pouvait plus s'adosser au siège. Les marques de fouet dans son dos ne guérissaient jamais, faute de temps entre deux séances de tortures. Elle s'était accoutumée à la douleur. Tout comme aux reproches. Elle, l'enfant d'un premier lit, la princesse illégitime du royaume. Elle, la fausse demi-sœur. Elle, le reflet d'un amour mort depuis longtemps pour le Roi. Le reflet d'une autre, une rivale à jamais inatteignable pour la nouvelle Reine.

Corset et Bottes de CuirLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant