1.01

118 24 4

Je me souviens d'à quel point je souffrais.

Essayant à tout prix de m'asseoir sur mon lit d'hôpital, les yeux à la recherche d'un visage familier. Mais il n'y en avait aucun, il n'y en aurait jamais aucun.

Et il y a eu cette alarme, qui a résonné en moi. Qui a secoué mon coeur et mes os.

Ces mots murmurés qui ont réveillés quelque chose en moi. Quelque chose dont j'ignorais jusqu'à l'existence.

Les mots sont des armes puissantes, la plus puissante de tout. Un coup s'efface, même les cicatrices s'atténuent. Mais les mots se gravent en nous, quelque part dans notre esprit. Et j'ai l'intime conviction que l'on garde également les regards, en nous. 

Il y a son regard.

Il y a ses mots.

Il était en hypoglycémie, le teint pâle et ses veines contrastaient sur sa peau. Il avait les yeux d'un vert profond. 

Il était si maigre, et il semblait avoir si mal. A un point où j'en ai presque oublié ma propre douleur, plus rien d'autre ne comptait. Rien d'autre que son regard fixé au mien.

Il avait la mâchoire saillante, et les bras plus fins que mon poignet. Il avait les jambes tremblantes, même si il était allongé. Et il était si minuscule, entourés par les fils, par la transfusion que tirait l'infirmière. On aurait dit un ange.

Mon ange.

Et le plus beau, c'est que tout cela n'a duré qu'une seule seconde. Mais nous étions reliés par ce lien que partagent deux personnes à l'article de la mort.

Souffrant tout deux d'un maux qu'ils n'ont pas choisi.

Nos Mondes SilencieuxLisez cette histoire GRATUITEMENT !