DEUXIÈME RENCONTRE

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Harassés, ils atteignirent enfin le bourg. La carriole réquisitionnée à l'auberge rendait l'âme. Ils avaient emprunté les pistes secondaires, afin d'éviter de croiser des soldats ennemis. Horst souffrait sans se plaindre. Les cahots de la route avaient rouvert sa plaie. En servante attentionnée, Aloïne veillait jalousement sur sa santé à ses côtés. Affamés, les deux marcheurs partirent en quête de nourriture. La jeune femme alla chercher de l'eau à la rivière toute proche. Elle finissait de remplir son outre, lorsque des cavaliers apparurent sur l'autre rive. Des Maraudeurs, hilares, la dévisagèrent. Elle lâcha son fardeau et s'enfuit vers la charrette. Les importuns traversèrent en galopant, puis les encerclèrent.

Faisant un rempart dérisoire de son corps, Aloïne agita vainement sa dague pour tenter d'impressionner les redoutables chasseurs. L'un des cavaliers fit avancer sa monture.

— Décidément, cher Horst, nos destins sont étroitement liés ! fanfaronna-t-il.

Le garde réussit à se mettre sur son séant. Il avait reconnu la voix du traître.

— Othe Monclart ! Quelle malchance me fait toujours croiser votre chemin ?

Il posa sa main sur le bras de sa compagne, pour l'inciter à la prudence. Othe mit pied à terre et s'approcha en marchant.

— Vous n'êtes pas en position de plaisanter.

D'un geste vif, il désarma l'imprudente, en la giflant brutalement. Un filet de sang s'écoula de la lèvre inférieure d'Aloïne, furieuse. Horst aurait voulu réagir, mais ses forces le trahissaient.

— Quelle déchéance que la tienne, serviteur de l'Ordre !

Othe éclata d'un rire forcé, imité aussitôt par les renégats qui l'accompagnaient. Toisant le garde, il redevint tout à coup sérieux.

— J'aurais dû vous tuer moi-même lors de notre précédente rencontre ! Il est encore temps d'y remédier !

Alors qu'il s'apprêtait à passer à l'acte avec ses hommes de main, une flèche lui transperça le bras ; une autre, la cuirasse d'un des Maraudeurs.

— À couvert ! hurla Othe malgré la douleur.

Les traits décochés avec précision pleuvaient de derrière les bosquets. Aloïne saisit la bride du cheval de trait et dévala le sentier dans la direction présumée des tireurs. Deux Maraudeurs se lancèrent à leur poursuite, mais une flèche se planta dans la gorge de l'un des poursuivants. L'autre détala pour sauver sa peau.

— Par ici ! cria Aberden.

Aloïne aperçut ses deux compagnons dissimulés derrière un bosquet.

— Ils vont se rendre compte que nous sommes peu nombreux ! Le répit sera de courte durée.

Alquin banda péniblement son arc.

Aberden acquiesça en désignant la rivière.

— Cette embarcation abandonnée sur la berge est notre seule chance.

Alquin aida Aloïne à transporter le garde dans la barque, tandis que le mercenaire faisait le guet. Ce dernier sauta prestement à l'arrière de l'embarcation et commença à ramer. Emportés par le courant, ils prirent rapidement de la vitesse. Leurs agresseurs surgirent alors qu'ils disparaissaient dans les méandres de la rivière.

— Ils ne renonceront pas ! prophétisa Alquin.

Tous savaient qu'il avait raison. Malgré les sombres pensées qui traversaient son esprit, Aloïne refit le pansement du convalescent. Elle n'eut pas le courage d'exprimer ses craintes à haute voix.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !