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Le sorcier qu'ils attendaient, au nom intraduisible en standard, arriva finalement après quatre jours terriens. Durant ce long moment d'attente, les journées se succédèrent au rythme d'un entraînement particulièrement éreintant. Chaque jour, Crystal poussait ses élèves un peu plus loin au-delà de leurs limites. Elle se montra bien plus dure avec Yuna qu'avec ses deux autres compagnons, mais la petite ne s'en plaignit jamais. Elle affichait, en tout temps, une détermination apparemment sans failles. Slix, qui avait commencé par ronchonné, comme à son habitude, reprit très rapidement goût à ce traitement et gagna en assurance au fil du temps. S'il n'était pas encore aussi sarcastique et boute-en-train qu'il avait pu l'être, il ne se gênait plus pour plaisanter pendant les séances de travail. Malgré cela, Crystal se félicita qu'il s'appliquât et fît, lui aussi de vrais progrès, notamment dans le domaine de la méditation.

Les journées de ce monde étaient en réalité bien plus longues que sur Terre. De fait, le groupe ne pouvait se permettre de rester éveillé pendant les périodes de jour de la planète. Une journée complète chez les arlags, équivalait à peu près à deux jours terriens. Ils passaient donc systématiquement un jour et une nuit en plein soleil et un autre jour et une autre nuit dans l'obscurité. La planète sur laquelle ils étaient n'ayant pas de lune, les périodes nocturnes étaient particulièrement sombres. Seule la Frenniq sembla à l'aise dans cette profonde noirceur. Tekka fut chargée d'éclairer leurs journées avec une boule de lumière magique. Ce fut un excellent exercice pour la forcer à garder une partie de son esprit concentré sur un sort pendant de longues heures. Malheureusement, par manque de pratique, le soleil artificiel s'éteignait parfois sans raison apparente, lors d'un exercice requérant un effort d'attention un peu plus intense.

L'humaine put se réjouir, elle aussi, d'avoir bien profité de ces quatre jours terriens. Lorsque le sorcier arlags accepta de recevoir les visiteurs, Crystal se déplaça sans compagnie. Le groupe était tombé d'accord sur le fait que la gardienne parviendrait à maîtriser la technique bien plus rapidement si elle était seule, sans avoir besoin de traduire en permanence les principes à ses compagnons. Si tous appréciaient de pouvoir profiter de l'enseignement de l'humaine au bras vert, ils avaient également hâte de quitter cet endroit et de ne plus avoir à se préoccuper de leur prisonnier. En effet, chaque jour, matin et soir, Glenmor était libéré de sa prison afin de se nourrir, de se dégourdir un peu les membres et de soulager ses besoins primaires. Il avait tenté, une fois encore de convaincre Yuna que la gardienne était en train de jouer un double jeu et qu'elle finirait par lui tourner le dos. Cependant, la petite frenniq ne se laissa pas convaincre si facilement et finit par refuser tout contact visuel avec le sorcier. Elle savait que ses arguments étaient tout à fait recevables et c'était ce qui la troublait le plus. Elle voulait faire confiance à Crystal. Bien plus qu'elle ne pouvait se l'expliquer. Pour une fois, depuis qu'elle avait commencé sa formation de sorcière avec ses parents, bien des années plus tôt, elle se laissait guider par ses émotions au lieu de la logique. Car toute réflexion menée avec soin aboutissait à une seule conclusion : Crystal aurait dû vouloir la piéger.

Mais cela ne correspondait pas avec ce qu'elle percevait de la jeune femme. Bien sûr, Yuna était jeune et inexpérimentée. Elle ne connaissait pas les humains, du moins pas autant que Glenmor prétendait les connaître. Mais lui n'avait jamais vécu parmi eux. Il n'avait jamais aperçu Slix et Tekka se tenir par la main après un entraînement. Il n'avait jamais reçu d'étreinte réconfortante de la part de Crystal. Pas plus qu'il n'avait pu sentir la profonde tristesse de tous lorsque Gil était mort, alors même que tous n'en étaient pas proche.

Les Frenniqs n'avaient pas ce genre de comportement entre eux. Alors avec des inconnus, c'était absolument inconcevable. Était-ce à cause de leurs conditions de vie catastrophiques ? Ou bien simplement parce que les Frenniq n'avaient pas la capacité d'empathie des humains ? Yuna était bien incapable de répondre à ces questions. Ce dont elle était cependant persuadée, c'était que les descriptions qu'on lui avait faite des gardiens, ne collaient pas avec ce qu'elle avait pu expérimenter auprès de Crystal. Pour cette raison, elle voulait laisser sa chance à cette gardienne. Il se pouvait qu'elle soit la clé vers la fin des souffrances du peuple frenniq. Et si la fin des souffrances signifiait l'extinction totale de leur race... peut-être était-ce finalement pour le mieux. Valait-il mieux que les frenniqs survivent pendant des millénaires sur une planète inhospitalière, ou qu'ils disparaissent à tout jamais ? Était-il préférable de souffrir pour toujours ou de disparaître à tout jamais ? Pour la plupart des êtres vivants de tous les univers, les frenniqs n'existaient déjà plus. Ou alors, ils étaient considérés comme de vulgaires assassins.

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