Chapitre 12 : Le Détestable

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L'homme lâcha son papier, qui s'enroula automatiquement dans son cylindre. Détestable ? C'était le mot idéal pour le qualifier. Le cheveu gras, mal rasé, maigre et l'œil jaune de perfidie. Tout cela contribua au geste de Béthanie.

-Je vous conseille de cesser de mettre mon mari en joue.

Le détestable se figea avec des yeux ronds, en découvrant un petit bout de femme en jupons, en train de le viser avec un P-315. D'ailleurs, tous ces hommes en armes se figèrent, semblant hésiter entre cesser de surveiller les soldats de l'Ombre et se concentrer sur elle.

-Allons, madame, fit l'autre en levant les mains, soudain moins sure de lui. Vous n'allez tout de même pas aller à l'encontre de la couronne ?

-La couronne me semble bien aveugle, pour s'en prendre à mon époux.

-Béth... Ne fais pas ça.

La demande de Marc la surprit. Les mains levées, il ne bougeait pas, pourtant elle sentait la tension dans sa voix.

-Tout va bien se passer, ajouta-t-il. Il faut juste que nous discutions.

-Vous allez être soumis à la question, traitre ! cracha le détestable.

La balle ricocha à ses pieds, lui arrachant un hurlement aigu. Aussitôt, tous les autres fusils se braquèrent sur Béthanie. Cela ne lui fit ni chaud ni froid.

-Ne traitez pas mon mari de traitre, larve ignare.

-Béth ! Béth, ne t'en fais pas !

Marc saisit son poignet, pour baisser son pistolet vers le sol. Elle le considéra, furieuse. Dans ses yeux gris, elle vit une supplique muette. Une mise en garde, même. Cela gâta un peu plus son humeur.

-Soit, siffla-t-elle. Comme vous appelez-vous, vous ?

Le détestable regarda autour de lui, avant de répondre :

-Ony Trabis.

-Monsieur Trabis, si je découvre la moindre blessure sur le corps de mon mari à son retour, vous n'aurez plus que vos yeux pour pleurer. Est-ce bien clair ?

-O... Oui.

-Tu as bien fait de t'arrêter, mon amour, souffla Marc, alors que des hommes se précipitaient pour lui passer des menottes.

-Et toi, tu as intérêt à dissiper très vite ce malentendu, rétorqua-t-elle en le regardant droit dans les yeux. Je ne vais pas attendre éternellement qu'ils te ramènent ici.

*

La tension étant à son comble sur l'Ombre, les soldats d'Aniort avaient accepté de laisser sortir l'équipage. Ils avaient le droit de flâner sur les docks, mais pas plus loin. Nathan en profita donc pour s'éclipser.

La ville était magnifique. Les maisons en bois s'élevaient sur deux, parfois trois étages. Des lignes de linge, dans les petites rues, couraient entre les bâtisses. L'eau de la lessive tombait parfois sur les passants, qui ne semblaient pas s'en soucier. La vie battait son plein à cette heure du jour, et le chasseur s'en félicitait.

Les images de leur arrivée tournoyaient dans son esprit, et ses inquiétudes pour le capitaine, pour Béthanie allaient croissant. Enfermée sur le navire, la jeune femme n'avait pas le droit de voir son époux. Cela la mettait dans une rage folle. Nathan lui avait donc rapidement parlé de l'automate, avant de s'éclipser. Dans son état, elle semblait capable de tout ! Avec un peu de chance, s'occuper de la vieille mécanique l'aiderait à apaiser ses envies de meurtres.

Corset et Bottes de CuirLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant