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Il est vivement recommandé de (re)lire 'Burn the Witch' avant de lire 'Dialogue avec les ombres'. Sans quoi vous risquez de ne pas comprendre grand-chose :)

https://www.wattpad.com/story/71729649-burn-the-witch

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Côme


 La première leçon que tu m'as apprise, c'est que le hasard n'existe pas. Si ma route a croisé la tienne, elle l'a fait sous la force de milliers de décisions et de choix, dans un but qui nous échappera toujours. Toi, l'adolescente magicienne qui a tout perdu, et moi, l'homme d'affaires en quête de sens. Homme d'affaires est une bien mauvaise expression pour définir ce que je suis devenu, mais je la préfère à criminel.

Le hasard n'existe pas. Le hasard ne peut pas avoir mis sur mon chemin cette pauvre fille pourchassée par des skinheads en mal de sensations fortes, cette SDF anonyme comme tous ces SDF dont je me contrefous en général. Il m'est impossible de croire au sort alors que tu m'as fait entrer dans ce monde si étrange qu'est celui de la magie, changeant ainsi ma vie pour toujours. Tu l'as dit toi-même, un jour : dans ton malheur, tu as provoqué plus de douleur encore, mais tu m'as trouvé sur ta route. En décimant ta famille, tu en as invoqué une autre. Et cette nouvelle famille t'a suivie, t'a soutenue, t'accompagnant au bout de la funeste mission que tu t'étais fixée. Je t'ai aidée à les tuer, tous les sept. Pour rien au monde je ne le regretterai.

Je sais que tu ne me croiras pas. Tu ne m'as jamais vraiment accordé ta confiance et cela, je le conçois sans peine. Tu ne me croiras pas, Cécilia, et pourtant, ce que ce hasard auquel je n'ai pas foi m'a apporté, ce carrefour sur lequel nos routes se croisent, reste le trésor le plus précieux que je possède.



Cécilia


 Te souviens-tu de notre rencontre, Côme ?

T'en souviens-tu encore ? Je sais que tu vas prétendre que non. Tu feras comme à ton habitude, tu endosseras ton masque de fierté et de cynisme et tu affirmeras que tu n'as pas gardé le moindre souvenir de ce jour, parce que ces instants ne comptent pas pour toi.

Et tu mentiras. Je sais toujours quand tu mens. Ce métal dont nous sommes façonnés tous les deux me pousse à entrer dans ton jeu, à te faire croire que je n'y accorde pas plus d'importance moi non plus. Que ton apparent détachement ne me blesse pas.

Je vais te dire un secret, Côme. Je t'ai détesté dès le premier jour, au moins autant que je t'aime aujourd'hui. Tu représentes tout ce à quoi j'ai voulu échapper, ma famille, mon père si violent, ma mère si résignée, et cet étrange milieu fait d'argent et d'hypocrisie. Tu n'es rien d'autre que le pur produit de ces familles dégénérées par le fric et le pouvoir, imbu de toi-même et sûr de ton bon droit à t'essuyer les pieds sur le bas de la chaîne alimentaire. Vous êtes les dépositaires de ces lignées bien nées, riches et puissantes, et malgré tout bien proches du précipice. Vous n'en avez que trop conscience, d'ailleurs, de cette fragilité, de cette fêlure qui ne peut que se rompre un jour, vous volant ainsi votre fortune et votre pouvoir. Vous vous y accrochez sans vergogne comme les rescapés de première classe du Titanic, assis sur des canots au milieu de l'océan, resserrant sur leurs carcasses tremblantes leur manteau de fourrure tandis que les pauvres se noient dans l'eau glacée.

Tu crois toujours que le hasard t'a apporté ce qui pourrait te sauver de cette déchéance à venir, mais en réalité, je ne t'ai rien offert d'autre qu'une certitude. Celle que le pouvoir dont tu t'enorgueillis ne représente rien, qu'il n'est qu'une façade, et que le vrai pouvoir t'échappe. Que tu n'es qu'un homme comme les autres. Que la mort t'attend au bout du chemin et que tu ne tentes rien pour éviter cet inexorable rendez-vous.

Dialogue avec les ombresLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant