MAUDIT CE LIEU

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L'auberge où ils avaient trouvé refuge n'inspirait pas confiance à Aloïne. La bâtisse, en partie délabrée, hébergeait la plus vile racaille de la région. Lorsqu'ils avaient pénétré dans l'antre, tous les visages s'étaient tournés vers eux. Le Grand Maître attendait dehors avec Horst. Les hommes attablés la dévisagèrent avec une telle envie qu'elle ne put s'empêcher de rougir. Aberden lui avait pourtant conseillé de ne pas l'accompagner, mais elle avait voulu voir de ses propres yeux dans quel bouge ils s'aventuraient. Derrière son comptoir, l'aubergiste, un gros homme joufflu, ne fit aucun effort d'amabilité. Exhibant une poignée d'écus, Aberden réclama deux chambres côte à côte. Le gargotier se contenta d'encaisser placidement la somme demandée. Pendant qu'ils montaient au premier étage, le mercenaire repéra une entrée discrète à l'arrière de l'établissement.

Aloïne se boucha le nez en pénétrant dans la pièce. Les murs, couverts de moisissure, ressemblaient à s'y méprendre à ceux des cachots du château d'Arvézende. Elle ouvrit immédiatement le fenestron, espérant chasser les mauvaises odeurs. La paillasse, où devait pulluler puces et autres insectes, n'inspirait pas non plus confiance.

— Il faudra s'en contenter, décréta le vieil homme essoufflé, qui peinait à soutenir Horst avec Aberden.

Ils allongèrent le blessé sur la couche préalablement inspectée par Aloïne. Alquin de Tolgui s'assit sur une chaise branlante, tandis qu'Aberden descendait chercher de la nourriture et de quoi désinfecter la blessure. Aloïne épongea délicatement le front du garde, effleurant de son autre main ses cheveux. Le Grand Maître l'observa attentivement.

— Vous l'aimez, n'est-ce pas ?

Confuse, la servante se retourna.

— Je donnerais ma vie pour qu'il ne meure pas !

Le vieux conseiller apprécia sa détermination. Il promit de tout faire pour le guérir.

— Comment nous avez-vous retrouvés ? s'enquit la jeune femme, dubitative.

Elle avait vaguement compris qu'ils s'étaient séparés après les monts Dunhevar. Pour elle, il s'apparentait à un mage usant de sorcellerie. Le prêtre attendit le retour d'Aberden pour débuter son récit.

— Après la bataille gagnée par les tribus des Montagnes, je suis demeuré volontairement dans celle du frère de Bernulf, Ergon. Je cherchais des réponses au sujet des mystérieux fragments.

— Horst a prononcé ce mot dans son sommeil, l'interrompit Aloïne. Je n'en avais pas compris le sens.

— Oui, poursuivit Alquin. Cette pierre stellaire est la clé de ce sinistre conflit. Pendant mes recherches, j'ai appris, hélas, la défaite en pays des Hisles de l'armée du roi Kildéric. J'espérais néanmoins que mes compagnons soient encore en vie.

Il arrêta son récit. Une larme perla le long de sa joue. S'excusant, le vieillard inspira profondément, puis reprit :

— Ma sœur, dont je suis sans nouvelles, est vraisemblablement morte. C'est elle qui a donné à Alceste son fragment. Elle avait deviné qu'il était l'Élu.

Encore une fois, Aloïne intervint :

— Je ne comprends pas. Existerait-il un lien entre ce caillou venu de l'espace et certaines personnes ?

Horst gémit dans son sommeil troublé. Aloïne retourna à son chevet lui appliquer un linge humide sur son front.

Alquin se leva en s'étirant.

— Il est tard et nous sommes tous fatigués. Je terminerai mon récit demain.

Ses compagnons insistèrent pour qu'il poursuive.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !