Chapitre 22

93 24 6

Les yeux explosés par les flashs, les pieds en bouillie d'être restée debout dans les coulisses, scrutant les allées et venues, les tenues de sa propre collection, Amandine ne rêvait que d'une chose, laisser tomber le banquet et la soirée et rentrer chez elle. Un bain, une glace, un film niais et Prince Valium pour passer le reste de la nuit. Natasha était si inconsolable que Chéri-à-sa-maman ait disparu que l'on opta pour garder son effet « rimmel coulant » naturel tant toute autre tentative de maquillage fut vaine.

Heureusement que la collection ne sortait pas pour Noël !

– Je rentre, annonça-t-elle finalement alors que les petits fours devaient être servis.

– Quoi ! Non ! Tu dois rester ! Et puis, tu n'as pas pris de costume ?

– Si, mais il est dans la voiture.

– Va le chercher, passe-le vite, qu'on s'amuse. je t'assure que tu ne le regretteras pas. Qu'est-ce que tu as choisi au juste ? demanda celle qui avait opté pour une robe fourreau noire, une perruque ébène aux cheveux lisses et le teint blafard de Morticia Addams.

– Hermione Granger.

– Et c'est effrayant ça ?

– C'est une sorcière...

Amandine haussa les épaules et se jura de ne rester qu'une heure, mais rien de plus. Sa voiture était garée dans la rue menant à l'entrée des artistes, la nuit était tombée, les pavés légèrement glissants de l'averse du début de soirée. Elle passa tout à côté d'un homme de taille moyenne, mince et posé dos contre le mur face à l'issue de secours.

– Bonsoir, fit-elle poliment sans trop s'y attarder.

Il leva juste la tête, se redressa soudainement et ne répondit pas. Ce devait être l'un des invités de la soirée. Son smoking ne laissait pas de doute. Elle crut tout d'abord qu'il s'agissait d'un énième Comte Dracula, mais son visage affichait ni cernes ni canines sanglantes. À la place, il portait un masque. Une canne à pommeau doré, une cape dont l'intérieur rouge contrastait, mais se mariait tout autant avec le noir de son habit.

À son retour, déguisement empaqueté en main, elle l'interrogea, curieuse.

– Pardon, mais... vous êtes déguisé en qui ?

– Érik.

– Érik ? Magnéto des X-men ?

– Non, sourit-il, l'ange de musique, le fantôme de l'Opéra. Vous connaissez ?

– Oh heu oui... une triste histoire ça aussi.

Le jeune homme grimaça. Son masque ne dévoilant que ses lèvres ainsi que son menton. Il capta la nostalgie dans la voix d'Amandine et s'estima comme responsable.

– Vous n'entrez pas ? continua-t-elle.

Et alors qu'il hésitait encore, une douce chaleur se dégagea du bas de sa jambe. Rapidement une impression d'humidité non rationnelle le força à baisser les yeux vers la source.

– Saleté de cabot !

– Chéri-à-sa-maman !

Le mini-chien frotta ses papattes fines sur le pavé, remua la queue, fier de son méfait et jappa malicieusement. Il ne devait son salut à être expédié d'un coup de pied en travers de la rue qu'à la présence d'esprit du jeune homme. De un, la demoiselle trouverait certainement cela pitoyablement cruel et il ne voulait surtout pas la froisser. De deux, il pouvait risquer un procès pour acte de cruauté envers un animal. De trois, il n'en était pas au point de blesser ledit animal, voire l'handicaper à vie vu sa taille pour un simple pipi.

Mais l'envie y était.

Amandine s'en saisit, le glissant sous son aisselle, rassurée de le retrouver finalement. Natasha pourrait enfin sortir de sa loge et apparaître à la soirée, évitant un mini-scandale.

– C'est le vôtre ?

– Non, il appartient à l'une des modèles, nous l'avons cherché toute la journée. Venez, elle sera ravie de connaître celui qui l'a retrouvé.

Mais l'inconnu en costume préféra s'éclipser vers les toilettes pour un nettoyage rapide du fond de son pantalon. Au prix où il l'avait loué, il n'était pas question qu'il sente le pipi de chien lorsqu'il le rendrait. Et puis, est-ce que ça tachait ce truc ?

Sanky-panky !Lisez cette histoire GRATUITEMENT !