LA CONFRÉRIES DES ÂMES NOIRES

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Assise sur son lit, Annabelle brandissait le fragment au-dessus de son front. Dans l'obscurité de sa chambre, la pierre stellaire irradiait de lumière son corps dévêtu, qui frissonnait malgré la source de chaleur. Sa beauté éblouissait toute la pièce. Ses longs cheveux ruisselaient vers sa fière cambrure, et ses seins se dressaient fermement. Quelque invité surprise aurait irrémédiablement succombé à ses charmes. Concentrée à la limite de la rupture, elle interrogeait la trame des événements. Ses visions, bien qu'imparfaites, avaient décelé un danger imminent, qui menaçait Alceste. Sa conviction, dès l'annonce de son départ, était pourtant acquise. Mais elle savait aussi qu'une confrontation avec le Prince Noir était inéluctable.

Serrant toujours l'éclat dans sa main, Annabelle enfila la robe posée sur le bord de son lit. Un pressentiment l'incitait à sortir de sa chambre. Le garde en faction, posté à l'extrémité du corridor, la salua. Pieds nus, elle progressa dans la direction opposée. La froideur du sol dallé attisa sa détermination. Elle accéléra l'allure. Un silence lugubre régnait au cœur de la nuit. Annabelle parvint enfin à l'entrée des appartements du roi. Une des sentinelles s'avança pour lui barrer l'accès. Puisant l'énergie nécessaire dans la pierre, elle déclencha une onde qui projeta violemment le soldat contre le mur. Les autres gardes dégainèrent leurs armes, prêts à affronter l'intruse.

Investie par la force du fragment azur, elle libéra son aura dévastatrice, qui balaya ses adversaires. Le passage menant à la chambre du monarque offrait une allée de cadavres. Craignant l'arrivée de renforts, Annabelle concentra son pouvoir sur le dernier obstacle. La porte explosa sous l'impact.

— Qui donc se permet ? s'exclama une voix autoritaire.

Le roi Kildéric lui fit face. Découvrant la compagne de l'Élue, il se figea, décontenancé.

— Vous ? Pourquoi ce massacre ?

Sans prendre le temps de répondre, Annabelle dirigea le faisceau contre son vis-à-vis. Souplement, le monarque évita l'attaque en roulant sur le sol. Il riposta en lançant un couteau dissimulé dans sa manche. L'onde propagée dévia la lame, qui se planta dans le bois d'une armoire. Le roi bondit pour saisir son épée, mais Annabelle ne lui en laissa pas le temps. Elle propagea une puissante vibration dans l'air. Sa cible, cueillie en pleine action, s'écrasa contre le mur. Épuisée, la jeune femme s'affala sur le sol. Des gardes alertés par le vacarme les découvrirent allongés sans connaissance.

— Damoiselle ! Damoiselle !

Le grand chambellan Bénorin s'évertuait à ranimer la jeune personne à grand renfort de sels. Pourquoi Annabelle, admirée par toute la cour, avait-elle commis pareil acte ? Bien avant sa « transformation », il s'était entiché de la gamine à l'intelligence vive et se remémorait leurs longues parties d'échecs. Il ne l'imaginait pas capable d'une telle trahison. Attenter à la vie du roi était passible de la peine de mort. Avant son jugement, il voulait l'interroger, pour comprendre les raisons d'un tel acte.

Annabelle ouvrit enfin les yeux. Une grande fatigue l'accablait après avoir tant puisé dans l'énergie du fragment. À son chevet, Bénorin la fixait, l'air sévère. Elle distingua les murs d'une cellule. Prisonnière, car coupable aux yeux des serviteurs du roi. Quelle ironie !

— Folie que de vouloir tuer notre suzerain !

L'officier, fidèle entre tous, peinait à dissimuler sa colère. Le roi était-il mort ? Il fallait qu'elle s'en assure.

— Où est Kildéric ?

Exaspéré, Bénorin se leva et s'exclama :

— Il est bien temps de vous en soucier après avoir tenté de l'assassiner !

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !