LE GUET-APENS

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Les jours suivants, la progression se révéla difficile. Les fugitifs s'efforcèrent de poursuivre leur périple à pied. Alceste peinait à suivre le rythme imposé par le musicien. Pour toute nourriture, ils ne dénichèrent que quelques champignons. Heureusement, le ménestrel avait conservé son arc et son carquois. Excellent chasseur, il transperça d'une flèche un marcassin égaré. Silvérin extirpa de sa poche une pierre à feu. Sa prévoyance permit aux fugitifs de savourer un repas chaud.

— La fumée ne risque-t-elle pas de nous rendre repérables ? s'inquiéta le jeune homme. Les soldats sont certainement à nos trousses.

Silvérin ne répondit pas, se bornant à mordre à pleines dents dans la viande juteuse. Lorsque le repas fut terminé, il prit sa flûte et entonna un air triste. Alceste haussa les épaules. Leur équipée tournait au désastre. Comment retrouver ses amis à présent ? Sans monture, les recherches étaient vouées à l'échec.

— Noble Sire, ne serait-il pas opportun d'utiliser votre pierre magique ?

Son compagnon le fixait avec sérieux, son instrument de musique posé sur les genoux.

— Son pouvoir vous mènera à vos amis. Sans lui, nous errerions longtemps dans ses forêts profondes.

Le ton solennel agaça Alceste. Étrangement, il n'avait pas envie de se servir du fragment. Il se méfiait du conseilleur. Après tout, ils ne se connaissaient que depuis peu.

— J'espère qu'Aberden est sain et sauf. C'est un pisteur redoutable. Son aide serait précieuse pour nous orienter. Il faut nous remettre en route !

Il se leva sans laisser le temps à Silvérin d'objecter. La fin de la journée approchait et ils n'avaient pas suffisamment progressé. Alors qu'ils s'apprêtaient à partir, des grincements familiers se firent entendre.

— Une carriole ! Nous ne sommes plus seuls ! avertit le ménestrel.

Il encocha une flèche, tandis qu'Alceste saisissait son épée. Le roulement s'amplifiait. Les deux fugitifs se dissimulèrent, craignant de voir surgir des soldats ennemis. Mais lorsque le chariot apparut au détour du chemin, Alceste reconnut le visage de la jeune femme qui tenait les rênes. Fou de joie, il jaillit des taillis en hurlant :

— Oriana, c'est moi !

Celle-ci n'en crut pas ses yeux. Depuis si longtemps qu'elle désespérait de leurs retrouvailles. Elle se raidit néanmoins à la vue de l'inconnu armé d'un arc, qui accompagnait son ami. Stoppant l'attelage, elle sauta à pieds joints. Alceste se jeta dans ses bras. Tellement de temps avait passé ! Silvérin abaissa son arme, scrutant avec attention les alentours.

Ils bivouaquèrent près d'un ruisseau. Alceste fut comblé en découvrant la présence de Horst, allongé à l'arrière du chariot et choyé par une étrangère. Malgré la douleur, le garde fit un effort louable pour esquisser un sourire. Le jeune messager lui prodiguerait dès que possible tous les soins ; son éclat stellaire recelait des pouvoirs insoupçonnés.

Le musicien parti chasser alors qu'Oriana narrait leur évasion. Alceste écouta sans l'interrompre. Lorsqu'elle évoqua sa sordide captivité dans la chambre du château, il frémit de colère, regrettant de ne pas avoir éliminé définitivement le Maraudeur. Ensuite, il raconta ses propres pérégrinations. La jeune femme ouvrit de grands yeux à l'évocation de la métamorphose d'Annabelle. Alceste prit soin de ne pas insister sur leur lien fusionnel. Il sentit toutefois son regard suspicieux.

Les deux jeunes gens s'observèrent en silence. Oriana espérait qu'il la serrerait encore dans ses bras, mais il semblait hésitant, presque intimidé. La jeune messagère décida d'agir et se blottit contre sa poitrine, puis l'embrassa tendrement. Alceste se laissait faire, mais elle ne ressentait aucun entrain de sa part. Elle se détacha à regret de ses lèvres. Le regard indécis de l'adolescent lui fit monter les larmes aux yeux. À cet instant précis, elle comprit que leur amour faisait partie du passé. Elle recula, s'apprêtant à le questionner, quand une voix connue s'exclama :

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !