Chapitre 8

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" – Milune, non!!!"

Le cri fut comme un coup de tonnerre dans la grotte et il prit tout le monde par surprise. Les percussionnistes se figèrent, stoppant leur martèlement d'un coup. Aloune et ses deux comparses qui tenaient la jeune femme s'arrêtèrent à mi-chemin de la montée de l'estrade. Aldevère et Rapinse stoppèrent leur discrète et lente avancée dans les ombres sur les bords de la grotte. Milune leva les yeux de la jeune femme qu'on lui apportait vers le couloir d'où le cri avait surgi, ses yeux braqués sur un Genais ahuri qui venait de quitter sa cachette lorsqu'il avait compris ce qui était sur le point d'arriver. Seuls les jeunes gens en transe dans la salle ne réagirent pas, tout au moins pas de suite ; leur chant commença juste à s'estomper lorsque la rythmique des tambours s'éteint. Chacun se figea, sauf Genais qui avançait, fixant son épouse avec des yeux hagards.

" – Milune, qu'est-ce que tu fous? Qu'est-ce qui se passe ici, bordel?"

Aloune et les deux autres relâchèrent la jeune femme qui tenta de reprendre le chant en tâtonnant, n'ayant plus de rythmique à laquelle se raccrocher ; chacun des jeunes en transe tentait de reprendre avec une voix fluctuante et avec son propre rythme, le tout avec un volume de plus en plus réduit. Milune fixait Genais avec un regard mêlant surprise et colère. Personne ne semblait avoir remarqué Aldevère et Rapinse, accroupis dans un coin d'ombre ; les deux hommes observaient la scène, et le détective fulminait, se rappelant avoir intimé à Genais de se tenir à carreau.

" – Genais, que viens-tu faire ici, demanda d'une voix posée Milune.

- Je suis venu te chercher, Milune. Tu... tu avais disparu."

Sa voix n'était pas assurée, il bégayait. Son esprit tentait de faire correspondre l'enlèvement dont il pensait que sa femme avait été victime avec la situation actuelle où elle dirigeait un rite étonnant qui avait tout l'air d'inclure un sacrifice humain.

" – Tu es ma femme, je t'aime Milune, je devais te retrouver.

- Tu n'aurais jamais dû venir, lui répondit-elle fermement."

Ce fût Aldevère qui remarqua le premier les mouvements de l'un des percussionnistes dégainant de son ceinturon une arme à projection ; il la leva en direction de Genais. Le détective sortit dans un geste rapide une petite lame de sa manche et la lança sur l'homme, l'atteignant à l'avant-bras au moment même où il pressait la détente. La déflagration accompagna le cri de douleur du tireur tandis que le projectile allait se loger dans une paroi avant qu'il ne lâche son arme. Le bruit se répercuta sur les parois de la grotte et résonna violemment dans toutes les oreilles présentes. Quelques gravats tombèrent du plafond. Les jeunes gens qui chantonnaient encore s'arrêtèrent, nombre d'entre eux tombèrent à genoux ou accroupis, les mains sur les oreilles, avec des visages hébétés.

Aldevère avait ainsi signalé leur présence, la discrétion n'était plus de mise. Rapinse avait déjà bondi, marchant presque sur les jeunes gens de la salle, bousculant la plupart, son épée au poing, atteignant quasiment la plateforme. Aldevère se lança sur ses talons, dégainant lui aussi sa lame. Les deux solides gaillards qui jouaient auparavant le rôle de percussionnistes se mirent en travers de leur route, l'un d'entre eux avec un bras pendant mollement sur son côté. Aloune et les deux autres types avaient rejoint Milune sur l'estrade. Tous les quatre tenaient maintenant des dagues. Tremblant, hébété, Genais quittait le couloir pour traverser la salle en direction de l'estrade, murmurant le nom de son épouse.

*

Comme il s'y attendait, Rapinse fut accueilli vers l'estrade par un coup de pied de l'un des percussionnistes. Il l'avait vu venir, se baissa pour éviter le coup, tandis que de sa main libre il attrapait la cheville passant au-dessus de sa tête. Il tira violemment, entraînant le type en bas pour un atterrissage brutal sur le coccyx.

Les Chroniques de Valcène, Tome 1 - Les demoiselles perduesLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant