Première partie - Chapitre 1

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INTÉGRALE ACTUELLEMENT DISPO EN CROWFUNDING

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Elle était celle qu'il entraînait dans ses déviances. Celle dont les parts d'ombre répondait aux siennes.

Avachi dans le canapé, Mathieu observa Claire relever le visage. L'arc que décrivirent ses longs cils, le regard, vague sur les premières secondes, qui se réaffirma progressivement alors qu'elle sortait de ses pensées, la forme de sa bouche tandis qu'elle refermait ses lèvres bombées... Tout le captivait et l'intriguait. Tout éveillait en lui le besoin, sombre, de la mettre à l'épreuve.

Elle but encore quelques gorgées dans la tasse qu'elle serrait de ses deux mains, puis la posa sur la table basse qui les séparait. Ses doigts fins calèrent une mèche de sa chevelure ébène derrière son oreille. Puis elle plongea les yeux dans les siens. L'affrontant. Témoignant de son acceptation de plier à ses envies, mais pas seulement : il pouvait déceler quelque chose de plus, dans son regard. Une forme de confiance qui le perturbait, probablement parce qu'il n'arrivait pas à la voir plus qu'éphémère.

Il répéta sa question :

– Comment tu te sens ?

– Ça va.

Olivier bougea sur le canapé, attirant son attention. Il se tenait à des côtés, soutien autant que maître de cérémonie : le fait que l'acte qui se préparait se fasse dans son propre appartement le désignait comme tel, mais pas seulement. L'affection qu' Olivier commençait à ressentir pour Claire jouait aussi ; Mathieu ne pouvait l'ignorer.

Quand Olivier se pencha en avant, prenant appui de ses coudes sur ses genoux pour se rapprocher de Claire, son regard se fit incisif.

– Tu n'as pas peur ?

– Si, répondit-elle sans hésiter.

Il y avait un quelque chose de provocant dans la manière d'agir de Claire. Mathieu aimait ça : qu'elle soit capable de reconnaître sa crainte sans s'y appesantir, en tolérant simplement son existence. Rares étaient les personnes qui y parvenaient. L'envie de la soumettre se mit à le tenailler plus durement.

Il appuya la tête sur le dossier du canapé. Un instant, il observa les détails du salon d'Olivier. Mathieu connaissait cet appartement par cœur. Avant même qu'Oliv s'y installe, ils avaient pris l'habitude d'y venir, tous deux, quand il n'était pas loué par les parents d'Olivier. Entre deux baux. Parfois même durant les vacances des locataires. Mathieu et Olivier avaient fait tellement de conneries, dans leurs plus jeunes années, que parfois il en oubliait. Mais ça, c'était avant qu'il rencontre le BDSM.

Il avait toujours été captivé par le luxe de cet appartement, justement parce que si éloigné de ce qu'il possédait lui-même.

Il reporta son attention sur Claire. Elle semblait s'être de nouveau laissée envahir par ses pensées, mais elle se reprit rapidement. Il apprécia de voir la contenance qu'elle affichait : sa façon de se tenir sur un fil, à mi-chemin entre deux gouffres, et en même temps d'y rester droite, fière. C'était ce qui lui donnait toujours le plus envie de l'éprouver. De la faire vaciller. L'idée de la pousser à dire ses safewords l'effleura. Il avait rejeté ce désir loin, depuis qu'il lui avait demandé de choisir les siens, mais il revenait par intermittence, toujours aux moments les plus dangereux. Probablement aussi parce qu'il avait été trop sage, ces derniers temps. Il s'était tant réfréné ; il avait besoin d'ouvrirles vannes, désormais, de se lâcher.Et ce n'était pas forcément une bonne chose. Du moins, pour ce qui allait se passer.

– Et malgré tout, ça ne te freine pas ? insista Olivier.

– Non.

Le calme de Claire le fit avoir un petit sourire en coin.

Olivier s'adossa au canapé en soupirant. Cette fois, Mathieu le vit s'adresser à lui :

– Tu aurais dû l'exercer avant.

Il haussa les épaules.

– Peut-être...

Olivier soupira profondément mais n'insista pas.

Mathieu comprenait son anxiété. Il avait rencontré Claire, deux mois avant, à une soirée SM où elle s'était pointée comme une fleur dans une forêt épineuse. Elle n'avait rien eu à faire là ; il n'avait eu aucune raison de s'occuper d'elle ; ils avaient fini, lui, avec son sexe profondément enfoncé dans sa bouche et, elle, attachée à sa merci. Elle avait remis en cause la légèreté avec laquelle il vivait les rapports de domination. Elle avait transformé un jeu sans conséquence en une obsession.

– Vous vous êtes mis d'accord sur combien de coups ? demanda Olivier.

– Cinq.

Bien que « mis d'accord » soit un grand mot. Il avait énoncé le compte, Claire avait accepté, c'était tout. Elle avait accepté malgré ses doutes, il le savait. Elle avait accepté parce qu'elle avait décidé de lui faire confiance. A chaque instant, elle pourrait pourtant fuir.

– Bien, commenta Olivier.

Mathieu en eut un bref sourire.

Olivier avait toujours été plus rigoureux que lui. La discipline qu'il observait avec sa soumise, Vanessa, en témoignait. Pour lui, pratiquer la flagellation avec Claire alors qu'elle ne l'avait vécu qu'une fois, et ce deux mois auparavant, était une aberration. Et certainement avait-il raison mais Mathieu ne s'était pas embarrassé de scrupules avec elle la première fois, alors pourquoi le ferait-il ce coup-ci ? S'il partageait avec Oliv' la fascination à voir de belles lignes rouges strier une peau lisse, Vanessa était plus portée sur les châtiments corporels que sur le sexe donc il était normal que celui-ci donne une primauté particulière à ces pratiques. Claire était différente. Et Mathieu ne la considérait pas comme sa soumise. De soumise, il n'en avait jamais vraiment eue, d'ailleurs, ou du moins pas de régulière, et il n'en voulait pas. Elle était juste Claire... Celle qui avait renversé dans sa vie tout ce qu'il avait cru être stable ou persistant, celle qui le projetait dans un mélange détonnant de besoin de la protéger et de la tester, de la mener à ses limites, de la voir les franchir, lui céder, et si elle y trouverait la même libération que lui, mais pas seulement : la même perte, dans ses désirs les plus viscéraux, profonds...

Il ferma les yeux, conscient des turpitudes de son esprit. Olivier était moins torturé par rapport à ça. Oliv' éprouvait moins de besoins, aussi. Ils ne vivaient pas de la même manière la domination.

Nerveux, il se leva. Il avait été trop calme, ces derniers temps, trop dans la réserve.

L'initiation de Claire - Version Wattpad (roman édité chez Harlequin)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !