Chapitre I - Dernière Partie

31 2 3

Là, Dorian retrouva Gaerald, caché sous son capuchon noir, ses deux épées attachées dans son dos, sa faux dans sa main droite. Ainsi accoutré et accompagné de son fidèle Lyn, le jeune homme était terrifiant. Escorté d'une dizaine de meutiers, choisis par maître Tristan, les deux hommes traversèrent la forêt en plaisantant et en écoutant le chant des oiseaux. Arrivés à l'extrémité est de l'île, la troupe découvrit un bateau léger mais massif armés de dix rames de chaque côté et de deux voiles blanche ornée d'une tête de loup bleue. Lorsqu'il embarqua, Dorian fut conduit à la poupe. Un homme de grande taille aux cheveux rêches était penché sur une table massive où s'étalaient de nombreuses cartes marine couvertes d'annotations. Alors que Dorian s'approchait de l'homme, il releva la tête et dit :

« Ah... voici donc mes passagers qui vont sauver le monde !!! Laissez-moi me présenter, continua-t-il d'un air jovial, Capitaine Clercy, pour vous servir. Je dirige ce navire, Le Goéland !

- Bonjour, dit Gaerald de but en blanc, quand partons-nous ?

- Eh bien, dès que votre escorte sera montée à bord. Votre chef a fait charger de la coppa, du fromage de chèvre, de la bière lupine et toutes ces choses-là, en quantité suffisante pour notre voyage. Vous voulez quelque chose de plus ? dit-il en voyant le dernier meutier poser le pied sur le pont.

- Non merci, au fait, nous ne nous sommes pas présentés. Moi c'est Dorian. Et le meutier avec une faux c'est Gaerald.

- Enchantés, mes amis. Larguez les amarres !!! cria-t-il aux dockers. »

Sans un regard pour la forêt qui commençait à brunir, Gaerald regardait au loin l'Ecluse. L'immense dispositif séparant le lac Kaher du fleuve Viôrd. De chaque côté de l'immense dispositif de fer et de bois recouvert d'engrenages multiples, les flots majestueux du lac se jetaient dans le Viôrd en une immense cascade brillant de mille feux. Lorsqu'ils eurent passé ce dispositif complexe, fourni par les nains lors de la création de l'ordre, le navire s'engagea sur le fleuve.

                                                                                            *

     Resté à Kaher-Logias, Thomas reprenait le cours de sa vie tout en songeant à son ami, à ce qu'il pouvait faire à cet instant. Thomas marchait tranquillement dans la forêt, accompagné de son loup, Dahran. Ils cheminaient sur les feuilles mortes, qui crissaient sous leurs pas. Au bout de quelques minutes, la forêt s'ouvrit sur une clairière purement féerique. Un ruisseau se déversait dans un bassin rempli d'algues colorées et de poissons chatoyants. Des buissons fleuris poussaient çà et là autour d'une plage de sable blanc. Derrière le bassin, un monticule de roche surplombait l'entrée d'un souterrain éclairé de torches fumantes. Autour de la clairière, les sapins laissaient place à des pommiers et à des poiriers gorgés de fruits juteux. Thomas s'assit dans le sable et contempla le lieu, le cœur empli de tristesse et de jalousie de n'avoir pu accompagner son ami. Dahran vint alors lui lécher le visage en jappant, la queue entre les pattes, les oreilles rabattues sur le crâne. Intrigué, Thomas se leva. Dahran bondit alors dans l'eau et traversa le bassin pour se mettre à japper de manière apeurée à l'entrée du souterrain. Thomas le rejoignit en contournant l'eau.

C'était l'entrée des catacombes, demeure des nains à Kaher-Logias depuis l'unification des peuples. A l'entrée de ce lieu sacré, du sang. Deux traînées de liquide rouge et vert. Thomas huma le liquide verdâtre et, se relevant, dit :

« Du sang Troll. Frais. Fais attention Dahran, ce sera peut-être dangereux. » Sur ce, le jeune homme dégaina l'une de ses deux épées et s'engagea dans le souterrain d'un pas prudent. Des marches défoncées s'enfonçaient dans le sol, recouvertes de toiles d'araignées. Les trainées de sang traçaient un mince trait sur la roche brute. Chaque pas de Thomas résonnait dans l'oppressant silence, comme un carillon dans une crypte vide. L'escalier tourna soudainement au bout de quelques dizaines de mètres. Là, l'obscurité se fit plus profonde encore et Thomas du se fier aux jappements de Dahran pour ne pas tomber. Au bout de quelques temps - une heure, un jour, Thomas ne saurait le dire – une lumière vive lui piqua les yeux. Lorsqu'il se fut enfin habitué à la lumière, il était devant un mince couloir éclairé par de mystérieuses roches blanches qui émettaient une lumière presque solaire. De très nombreuses portes d'acier s'alignaient sur les murs du couloir.

Chroniques de la Mâ - Partie 1/Les paladins de BhaldërusLisez cette histoire GRATUITEMENT !