Chapitre 1

1.2K 83 1

— S'il te plait ? supplia la voix douce de Rosie.

Les yeux bleus se firent presque larmoyants, la bouche trembla d'une prière muette.

— Non ! répliqua Sally d'un ton décidé.

Elle ne céderait pas à un nouveau caprice de sa cousine.

— Tu ne crains rien et je te payerais !

— Mais, il n'est pas question de ça ! s'offusqua Sally.

Elle jeta un regard sévère à la visiteuse, même si un amusement léger pétilla dans les prunelles bleu nuit. Résolument, elle se tourna vers le rosier et entreprit de tailler les gourmands inutiles.

— Tout est une question d'argent Sally Flaherty ! Tout a un prix ! déclara Rosie en imitant à la perfection le ton arrogant de son père.

Sally retint à grand-peine son rire, secoua la tête pour repousser l'attendrissement qu'elle sentait poindre.

— Impossible. La rentrée est dans trois semaines, énonça-t-elle avec détermination.

La cisaille taillada avec énergie les rameaux surchargés de fleurs fanées. Le gloussement de Rosie et son sourire malicieux avertirent Sally d'une attaque en règle dans les secondes à venir.

Non, je ne céderais pas ! se promit-elle de résister au charme de sa cousine.

Par le passé, elle avait trop souvent manqué de fermeté et avait supporté les conséquences de sa faiblesse de jugement. Désormais, elle se montrait prudente avec les idées farfelues de sa compagne de jeu depuis l'enfance.

— Justement ! Je t'offre des vacances de rêves dans un château en Écosse dans un cadre fabuleux, sauvage et incroyablement beau.

— Des vacances ? Un audit ? Tu te fous de moi ?

Sally se retourna vers celle adossée à la margelle du vieux puits. Elle admira la silhouette parfaitement mise en valeur par la robe haute couture, les escarpins de marque et la coiffure d'une perfection irréprochable.

— D'après les renseignements, je t'assure que c'est du gâteau et que tu en as pour deux jours maxi. Tout est en ordre et c'est une simple visite de courtoisie pour mettre la pression au propriétaire.

Sally haussa un sourcil, secoua la tête d'un geste de dénégation. Les mèches rousses échappées du chignon hirsute balayèrent les épaules dorées prises dans le débardeur moulant.

— La pression ?

— Le mot n'est pas tout à fait adapté pour une distillerie de whisky, rit de bon cœur Rosie.

Un frémissement de victoire s'invita dans les prunelles attentives au moindre signe de faiblesse de Sally.

— Pourquoi Oncle Brian veut-il un audit dans ce cas ?

— Pour accrocher un fleuron de plus à sa couronne. Tu connais son côté mégalo en ce qui concerne les affaires ? Il pense que le propriétaire lui cache certaines activités.

— Illégales ? plaisanta Sally.

Elle imagina sans peine des actes de contrebande comme au temps passé où l'alcool coulait à flots et était détourné pour éviter de payer les taxes d'état. Elle rit joyeusement de ses idées, accompagna son hilarité de grands coups de cisaille. Les rameaux tombèrent à ses pieds chaussés de vieilles bottes en caoutchouc.

— Je ne le pense pas. Le rendement de la distillerie est simplement moins important qu'il ne le devrait.

— Ton père devrait s'en réjouir. Il peut négocier le prix à la baisse, j'imagine.

Un simple EchangeLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant