Chapitre 39 : Atterrissage sur Europe

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Le nez collé au hublot de leur véhicule spatial, Karine regardait l'incroyable spectacle se déroulant sous ses yeux. Là, dans l'obscurité infinie de l'espace, une petite boule blanche à la surface striée de veines orangées grossissait rapidement.

La jeune fille sentit la présence de Korian à ses côtés. Il s'était assis tout près d'elle, sa longue chevelure brune quasiment en contact avec sa propre tête et lui commentait le spectacle.

-- Nous approchons d'Europe, le sixième satellite de Jupiter, presque aussi gros que la Lune. Tu as vu comme sa surface est lisse ? On dirait une boule de billard.

-- C'est de la glace ?

-- Exactement. Une fine couche de glace bien pratique pour dissimuler toute l'activité qui règne au dessous. Mais tu vas le voir toi-même car nous allons passer au travers de cette coquille...

Effectivement, l'appareil semblait se préparer à descendre vers le satellite. Un sourd grondement accompagna la disparition du disque qui tournait autour de leur habitacle et la réapparition des pâles de sustentation. La soucoupe volante reprenait la forme d'un hélicoptère. Le sol d'Europe se rapprochait rapidement et sa surface blanche occupait maintenant toute la largeur du hublot. Karine parvint à détacher son regard du magnifique spectacle et se tourna vers l'intérieur de la cabine.

Elle aperçut son amie Alexia qui semblait dormir, attachée par sa ceinture de sécurité au fauteuil roulant qui avait servi à l'évacuer de l'hôpital. Immédiatement, Karine sentit l'inquiétude lui serrer le cœur. Elle plongea son regard dans celui de Korian.

-- Comment va-t-elle ? Elle dort ?

-- Nous l'avons placée sous sédatifs, pour éviter tout stress. Rassure-toi : nous avons les meilleurs médecins de la galaxie sur Europe. Ils sauront s'occuper d'elle.

-- Elle pourra remarcher ?

Korian sembla éprouver un peu de difficulté à former sa réponse.

-- Je ne suis pas spécialiste. Je suppose que nos docteurs sauront trouver une solution...

-- Tu n'as pas l'air très sûr de ta réponse.

-- Je n'en ai pas d'autre, désolé. Tu sais maintenant qu'il est possible de s'affranchir de son enveloppe corporelle pour laisser son esprit flotter vers d'autres mondes. Dans le pire des cas, ton amie ne sera pas enfermée dans son corps...

-- "Dans le pire des cas" ? Tu veux me coller la pétoche ?

--  Je t'en prie, Karine : je ne suis qu'un guide galactique. Mon rôle est d'emmener les esprits à la bonne destination, pas de m'occuper de soigner leur corps.

Karine resta silencieuse un instant, digérant les conséquences de ce qu'elle venait de comprendre. Pendant ce temps, leur hélicoptère avait atteint la croute de glace recouvrant la petite planète. La jeune fille crut quelques secondes qu'ils allaient se poser sur cette surface blanche, mais une sorte de corolle se forma soudain sous leur machine et ses pétales s'écartèrent d'une vingtaine de mètres, révélant un monde bleu souterrain, baigné dans la pénombre.

Le sol devint plafond, tandis qu'ils continuaient leur descente. Karine réalisa qu'ils survolaient maintenant un immense océan, visible entre de longs nuages roses étirés comme des lambeaux de barbe à papa. L'appareil pivota sur lui-même et s'inclina vers l'avant tandis que le bruit de ses rotors s'amplifiait. La jeune fille aperçut un paquet de hauts immeubles dont les parois de verre transperçaient les nuages les plus bas. Sans savoir pourquoi, Karine se mit à penser au duc.

-- Astaroth connait cet endroit ?

-- Hélas, oui. Il est probablement en train de convaincre les terriens de venir s'emparer de notre base. Nous sommes en train de l'évacuer.

-- Pourquoi cette précipitation ? Les humains savent tout juste comment faire pour aller sur la Lune. Nous n'avons pas d'appareil capable de voler jusqu'à Jupiter ?

-- C'est ce que tu crois... L'exploration spatiale terrienne est bien plus avancée que ne le laissent croire vos médias. Mais tu vas découvrir cela par toi-même : nous allons nous poser dans quelques secondes.


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