Chapitre I - Partie 3

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     Derrière lui, le soleil couchant traversait un vitrail en prenant une teinte bleutée. Dehors, un doux vent faisait frémir les cèdres dispersés çà et là dans la plaine environnante. Quelques lièvres gambadaient doucement autour d'un buisson tandis qu'un majestueux cerf sortait de la forêt pour se délecter de l'eau fraiche d'une petite mare. Les lueurs mélancoliques du crépuscule donnaient au paysage une teinte orangée.

     Dans l'enceinte de la ville, les tavernes et les auberges résonnaient du rire des clients, les meules de fromage se dilapidaient avec le lard et la bière... La bière lupine, comme la surnommaient amicalement les étrangers... Ce doux nectar fruité aux saveurs épicées, fraiches et acidulées recouvert d'une mousse grasse, dont le goût était proche de celui du beurre.

     L'opulence était visible partout, elle débordait des maisons, coulait des rires des enfants, elle envahissait les rues, les submergeait... C'était ce que connaissait Gaerald, ce qu'il aimait. Maintenant, il avait honte, honte de vivre dans le bonheur, l'insouciance et l'opulence alors qu'à l'extérieur, cet homme avait tout perdu, tout, sauf sa vie... Maître Tristan se leva. D'une démarche lente et mesurée, il s'approcha du feu ronflant et saisit une petite effigie de terre cuite. Elle représentait un loup majestueux. Lorsque le maître des meutiers eut reposé la statuette quelques centimètres plus loin, un déclic se fit entendre. Sans y faire attention, Maître Tristan verrouilla la porte puis invita Dorian et Gaerald à le suivre.

     Les trois hommes contournèrent le massif mobilier puis se trouvèrent face à un escalier poussiéreux s'enfonçant en colimaçon serrés dans les murs de la tour. Sur l'invitation du maître meutier, ils se mirent à descendre les marches sculptées en bas-relief. A intervalles réguliers, de maigres torches brûlaient derrières des grilles ouvragées. Pendant qu'ils descendaient, Maître Tristan leur apprit que l'escalier, et la salle dans laquelle ils se rendaient, étaient cachés dans la dernière partie de l'ascension en capsule, un tube de roche ne laissant passer que le véhicule de verre. L'escalier débouchait sur une salle à la foi immense et exigüe. De fines colonnes de pierre s'élevaient en torsade jusqu'au plafond bas. Les murs de pierre brute étaient sculptés de scènes chevaleresques. Des lampes à huile pendaient du plafond, recouvertes de toiles d'araignées. Au centre de la pièce trônait un piédestal de bois sur lequel était posé un énorme livre relié de cuir et d'or. Autour du livre, de nombreux brûleurs d'encens élevaient leurs volutes doucereuses dans la pièce enfumée.

     Maître Tristan s'approcha du livre d'un pas solennel. Dans un claquement sec, Il l'ouvrit, soulevant un nuage de poussière.

« Gaerald, j'ai quelque chose à t'apprendre

- Alors, demanda Gaerald ?

- Doucement mon garçon, car ce que je vais te dire n'est pas à prendre à la légère. »

Le grand maître des meutiers tira un fauteuil poussiéreux d'un recoin sombre.

« Autrefois, bien avant l'époque de Theobran, vivait une confrérie puissante et magique : Les Chevaliers-Nécromanciens. Tous les membres de la confrérie avaient les cheveux blancs comme la neige. Les Chevaliers-Nécromanciens vivaient dans un immense château qui recouvrait toute l'île de Kaher-Logias. Ils protégeaient le monde des dangers des maladies et de la famine et empêchaient les guerres. Ils ne se doutaient pas que la plus grande menace viendrait de leur cœur. Un beau jour, une partie des Chevaliers-Nécromanciens apparut avec les cheveux de jais. Ces mêmes membres se mirent à tuer, à violer les lois... Ils furent chassés de l'ordre et nommés Les Renégats.

     Malgré tout, les Renégats ne s'arrêtèrent pas là. Après avoir rassemblé un nombre énorme de partisans, ils déclarèrent la guerre aux Chevaliers-Nécromanciens. Les batailles s'enchaînaient, plus terribles les unes que les autres. Pour en finir, les Renégats créèrent des créatures innommables. Les Phoenix devinrent des harpies, les griffons furent transformés en Vrâgs, les fées en Grâzgs... Les Chevaliers-Nécromanciens furent ainsi éliminés définitivement. Les Renégats régnèrent alors de manière sanguinaire mais, étonnement, ce fut l'époque la plus faste que connut le monde. Puis, de l'immense massif Erg, au nord, surgit un jeune guerrier et l'armée qu'il avait levée en secret : Theobran. Ses soldats firent diversion pendant qu'il s'infiltrait dans la forteresse de Rénégats et qu'il massacrait traitreusement tous ses habitants. Les survivants du massacre furent exilés dans la ville de Grazgar, sur l'archipel des trois griffes. Theobran prit le pouvoir et installa ses soldats sur l'île de Kaher-Logias où il fonda l'ordre des loups, une organisation censée protéger son royaume. Cette organisation, qui subsiste encore aujourd'hui, n'obéissait en fait pas à Theobran mais suivait les traces de chevaliers-nécromanciens. A la mort de Theobran, le monde fut partagé entre ses six fils et l'Ordre des Loups subsistât comme une organisation neutre. »

Chroniques de la Mâ - Partie 1/Les paladins de BhaldërusLisez cette histoire GRATUITEMENT !