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SAMEDI 7

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Je me souviens, le week-end débutait. Comme la plupart d'entre nous, je sacrifiais à la corvée hebdomadaire : faire ses courses en hypermarché. En cette matinée estivale, la journée s'annonçait sans surprise. La foule des grands évènements se pressait sur le parking du centre commercial. Face à cette frénésie consumériste, trouver une place pour se garer relevait de l'exploit, alors que dénicher un chariot équivalait à se mettre en quête du Saint Graal. Finalement, après une recherche laborieuse, je poussai fièrement l'objet de ma convoitise vers l'entrée de ce temple de la consommation, décidé à communier avec mes congénères.

Soudain, sur la gauche, je l'aperçus : une jeune femme, frêle, le visage grave. Elle était assise dans une chaise roulante, sa chevelure brune cascadant le long de ses épaules menues, pendant que ses mains fines agrippaient les accoudoirs comme par crainte de tomber. Sa vision captiva immédiatement toute mon attention. Ravivait-elle un souvenir que ma mémoire ne parvenait à exhumer ? Les battements de mon cœur s'accélérèrent, et je restai figé, incapable de détacher mon regard de la jeune handicapée.

Une quinquagénaire l'accompagnait, cramponnée au fauteuil roulant pareillement à un chariot. Je les observais en prenant garde à ne pas me faire remarquer. Je ne voulais pas qu'elles soient gênées par l'attention que je leur portais.

Son infirmité paraissait tellement injuste à cet âge ! Toutefois, existait-il une période de l'existence propice au handicap ? Jolie demoiselle, dans le rayonnement de votre jeunesse, comment avez-vous perdu l'usage de vos jambes ? Je me mordis aussitôt les lèvres : réagirais-je de même si sa beauté ne m'eut troublé ? J'aurais souhaité m'approcher d'elle, mais ses yeux perdus dans le vague me paralysaient... D'autant plus que son escorte à l'allure de duègne n'incitait pas vraiment à engager une conversation !

Évidemment, durant mes hésitations, le duo en question avait pénétré dans la galerie marchande. Je ne me sentis pas le courage de les suivre. Que représentaient-elles pour moi, sinon deux étrangères ? Croiser à nouveau la belle infirme était inenvisageable, aussi je préférai renoncer à mes achats. Sans tarder, je me débarrassai du caddie devenu encombrant et me dirigeai, résigné, vers ma voiture.

À présent, le parking semblait désert. L'image de cette jeune paralytique m'obsédait. Je n'arrivais pas à savoir si son souvenir persistait à cause de son handicap ou bien parce que sa beauté m'avait ému. Assis au volant de mon véhicule, je finis par démarrer et quitter les lieux.

Dans le ciel auparavant d'un bleu limpide, de sombres nuages s'amoncelaient.

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