Glendalough : la randonnée de la Spinc

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Notre visite de l'île irlandaise tire à sa fin. Il nous restait à peine quelques jours avant de repartir et nous insistions pour profiter de chaque heure au maximum. La veille, nous avions exploré sous une pluie continue qui ne s'arrêtait que pour laisser la place à une froide bruine qui transperçait nos vêtements les plus étanches.

Aujourd'hui, le ciel est clair et l'air est sec. Quelques nuages passent rapidement et viennent protéger momentanément nos corps des ardents rayons du soleil. Bien entendu, nous sommes en Irlande et la température ne poussera pas au-delà des 22 ou 23 °C. Notre randonnée nous garde heureusement à l'intérieur d'un cirque glaciaire et les immenses parois rocheuses nous protègent du vent insistant qui pourrait refroidir l'air un peu trop. Habitant le sud du Québec, nous sommes plutôt habitués à ce que la température de juillet dépasse régulièrement les 30 °C, même sur le toit des montagnes environnantes. La journée fraîche nous présente donc un temps parfait pour accomplir une belle randonnée en forêt.

Le parc national des Wicklow offre une dizaine de sentiers autour du site monastique de Glendalough. Nous choisissons une piste de cinq kilomètres que nous complèterons en deux heures environ. La dénivellation de 280 mètres nous permettra d'éviter les touristes que nous trouvons trop nombreux aujourd'hui. Nous sommes des montagnards un peu sauvages et nous nous assumons. Ainsi, nous marcherons tranquillement en haut de cette falaise appelée le « Spinc » par les habitants locaux. L'expression vient du Gaélique et signifie « colline pointue ». Cette paroi lisse surplombe le lac supérieur qui dort au fond de cette vallée creusée au cours de la dernière glaciation et maintenant confinée au milieu des montagnes.

Dès notre arrivée au centre d'interprétation de Glandalough, nous enfilons nos bottes de trekking. Quelques étirements contribuent à chasser l'anticipation qui brûle notre énergie un peu trop vite. Puis, nos chapeaux campés sur notre tête, nos sacs sur le dos et nos bâtons de marche en main, nous commençons notre randonnée avec l'exaltation anticipée de se retrouver là-haut. Nous savons que la réalisation de cet exploit nous convaincra encore une fois de notre petitesse dans ce monde immense qu'est l'univers. Quelque part, la leçon d'humilité nous fait du bien. Mais avant de nous réjouir, nous devons accomplir cette randonnée dont chaque mètre nous émerveillera.

Sur le premier tronçon de notre excursion matinale, nos pieds foulent d'abord une route asphaltée qui, un peu plus loin, se transforme en terre battue. Elle est suffisamment large pour permettre aux véhicules automobiles de passer dans les deux sens, même si la circulation d'engin motorisé n'est plus autorisée. Plusieurs touristes examinent notre attirail avec une lueur étrange dans les yeux. Nous sommes habitués à un tel étonnement et nous n'en faisons pas de cas, tenant plutôt à contrôler notre hâte de pousser notre marche vers le sommet, loin de la cacophonie de la civilisation et des regards de curiosité. Heureusement, la plupart d'entre eux n'iront pas au-delà de la cellule de saint Kevin. Peut-être qu'ils resteront en bas de la montagne pour explorer le parc qui entoure le centre d'interprétation. Endimanchés, ils portent des sandales, tiennent une sacoche à la main, sont parfois munis d'une bouteille d'eau. Certains voyagent avec une glacière qui semble remplie de victuailles tant on les voit peiner sous le poids. Les visages et les habits reflètent tous les coins du monde. Ceux qui s'aventureront plus loin que les sentiers asphaltés reviendront avec des échardes et des ampoules en raison de leurs fourniments inadéquats. Les grimpeurs équipés pour la longue randonnée sont peu nombreux et détonnent par leur silence et leur sérénité.

Nous prenons enfin le chemin vers la chute Poulanass. Nous apprécions le bonheur de quitter temporairement la civilisation fort bruyante. Pourquoi un être sensé, surtout s'il est citadin, doit-il nécessairement couvrir les sons naturels par un jacassement incessant et un piochement intempestif sur le sol ? Au risque de paraître asociaux, Denis et moi n'arrivons pas à comprendre ce phénomène. Nous aimons la nature et les randonnées dans les endroits inatteignables nous permettent de mieux entendre ces chants d'oiseaux, d'observer un torrent qui coule, d'écouter le flot turbulent d'une rivière ou d'identifier le grognement d'un animal tout près. Bref, nous adorons ces endroits où les mots sont superflus. Cette façon d'apprécier l'énergie, qui circule dans nos veines au même rythme que la vie des bois et des sous-bois, nous appartient entièrement. Rien ne nous presse. Le respect que nous avons de l'environnement parfois dur et dangereux nous fait avancer avec précaution pour éviter les blessures.

Deux Québécois en vadrouille en IrlandeLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant