S01 - E03 - Balise

26 9 6
                                    


Aujourd'hui, j'ai décidé malgré la fournaise d'aller explorer les environs. Le "doux" bruit des capteurs de ma combinaison m'accompagne durant la balade, mais vous savez quoi ? J'arrive presque à en faire abstraction pour vous raconter tout ça. La flore du coin réussit tant bien que mal à se développer sur un sol pourtant gorgé de fer et d'isotopes radioactifs. Si de grands palmiers sympathiques, en forme de raquette, aiment exhiber leurs feuilles carmin à ma vue, d'autres se terminent par une membrane jaunâtre parcourue de veinules animales, et m'inquiètent. Je préfère les contourner, quitte à prendre un chemin plus tortueux.

À mes pieds, de curieux galets hexagonaux, jaune citron, jonchent un sol tout en trous et bosses

Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou télécharger une autre image.

À mes pieds, de curieux galets hexagonaux, jaune citron, jonchent un sol tout en trous et bosses. Parfois, dans les fourrés, des touffes d'herbe sèche et des fleurs aux pétales charnus se pressent les unes contre les autres, et la température baisse un peu — enfin, ne nous affolons pas, on passe seulement d'un 63 à un "petit" 61,8°C.
*soupir* Je donnerais n'importe quoi pour une glace. Ou un mojito bien frais. Lucien en faisait toujours des litres pour mon anniversaire, et c'était les meilleurs de tout le système solaire. C'est bien le seul truc que je regrette de cette ancienne vie. Ça, et peut-être aussi mon immense dressing.

Il ne faut pas que je perde de vue ma bitza, située en aval, à quelques centaines de mètres. Je dois revenir là pour la nuit. J'active mon jetpack et grimpe une petite butte sans trop d'effort, histoire d'avoir un point de vue plus large sur la vallée. La rocaille s'étend à l'infini, dans toutes les directions, ponctuée de jaune et de rouge floral. J'estime le premier des pitons rocheux — ceux qui étincellent sous la lumière du jour, car probablement faits d'or pur — à trois jours de marche rapide, peut-être quatre. Si j'arrive à décoller d'ici, j'aimerais bien repartir avec des soutes remplies de métal précieux. Dans une crevasse plus proche, une immense colonne de pierre aux veines bleutées se dresse. Mon scanner est peut-être mort mais mes yeux, eux, fonctionnent très bien. Je suis prête à parier que ces veines sont pleines d'heridium, et je vais en avoir besoin si je veux retaper les réacteurs de mon bike.

Je sécurise ma descente avec le jetpack. Soudain, en plein milieu de la pente, j'entends un "bip" régulier. Celui d'une balise, une balise de détresse ! Ça vient de l'est. J'oublie la colonne d'heridium et m'élance sur la piste de la balise. Je ne suis pas seule ! Est-ce que ça pourrait être la balise de Pili ? La mienne n'a pas survécu au choc, mais la sienne, peut-être ... ? J'aimerais tant que ce soit lui. Ou même n'importe qui, pourvu que je ne sois plus seule sur ce foutu caillou. J'ai pas envie de jouer aux Robinson Crusoë de l'espace, moi. Si j'ai quitté ma vie d'avant, c'est pour un voyage à plusieurs, une virée collective, pleine de petits bonheurs et de grandes découvertes. 
Le son d'alerte est de plus en plus proche, il vient d'un autre fourré, là, à moins de dix pas maintenant. Poussées maximum grâce au jetpack, j'atterris pile au bord du trou, et...

Oh, merdouille. Qu'est-ce que c'est que ce machin ?
Ça fait bien "bip" comme une balise de détresse, mais ça n'y ressemble pas du tout. On dirait un... globe oculaire géant ? enchâssé dans une sorte de coquille métallique. Le globe est rouge vif, il tourne sur lui-même à l'intérieur de sa coquille. Et si c'était une bombe ? Ou une mine de géant ? Les "bips" se poursuivent avec la régularité d'un métronome, alors je m'approche. Doucement, sans geste brusque. Je n'ai jamais vu un truc pareil et pourtant, j'ai bourlingué dans ma vie, j'en ai vu, des choses étranges. Mais ça, c'est complètement nouveau. Je pose une main prudente sur le globe rouge...

Nouveau "bip" mais cette fois, il est tellement puissant qu'il fait vibrer tous les os de mon crâne !! Que... quoi ? Qu'est ce que... Ah, bon sang de... Une voix, dans ma tête... C'est... trop fort, arrêtez... arrêtez ça ! Baissez le son, nom d'un chien ! Connerie, ce truc... C'est ce truc qui... me parle ? Foutu machin télékinétique !
Le message tourne en boucle... Atlas, peuple, Korvax, centre... univers... suivre... Atlas truc-chouette... Mais comment on arrête cette bouse, à la fin ? Qui a planqué la télécommande ? Vite, mon extracteur, réglage maximum... 

***

Hop.
Trois coups de laser bien placés, et le globe rouge de malheur a fermé sa grande gueule. J'ai horreur de tous ces blablas grandiloquents et pseudo-philosophiques. Qui a pu penser un jour que ça intéresserait quelqu'un ? Comme si un bidule extraterrestre allait me dire ce que je devrais faire, et où je devrais aller. Je vais où je veux, quand je veux, messieurs dames des étoiles ! Je ne sais pas qui est ce crétin d'Atlas, ou qui sont ces Korvax, mais je n'ai absolument pas envie de faire ami-ami avec eux. Et parler dans la tête des gens sans leur demander la permission, c'est foutrement impoli ! 

J'ai assez perdu de temps comme ça pour aujourd'hui. Je repars vers la colonne d'heridium, ma bitza ne va pas se réparer toute seule.

Cassy - DU. 16-1408 - T°C : 62,9°C (ext.) - Loc. : ???



Echos stellairesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant