LA BATAILLE DE DUNHEVAR

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L'armée du Nord débuta l'assaut durant l'après-midi. Gerwald, en général expérimenté, avait attendu que le soleil éblouisse les occupants des parois rocheuses. Pour l'instant, ses engins de siège pilonnaient la cité troglodyte du peuple des montagnes. De nombreuses échelles, sur lesquelles des dizaines de soldats grimperaient, attendaient d'être plaquées contre les murailles. Par les meurtrières, les assiégés propulsaient à l'aide de balistes de lourdes flèches enflammées, pour tenter d'incendier les machines de guerre ennemies.

En chef exemplaire, Bernulf se tenait aux avant-postes, exhortant ses hommes à se battre. Horst le secondait. Les différentes brèches opérées par les assaillants n'auguraient rien de bon. Le peuple de Dunhevar avait surtout sa vaillance à opposer à l'armée conquérante. Le garde de l'Ordre était sans nouvelle d'Alquin et de sa sœur, partis chercher des renforts. Bientôt, des hordes de soldats déferleraient et leur nombre considérable viendrait à bout de la résistance des Montagnards. Pourtant, Horst hurla de tenir, relevant un soldat renversé par un tir de catapulte.

Enfin, les engins de siège cessèrent leur travail de démolition. Un silence inquiétant succéda aux salves destructrices. L'armée ennemie s'apprêtait à engager le gros de ses troupes. Impatients, les défenseurs attendaient la marée humaine. Pour la plupart, ils n'avaient jamais affronté les armées du Prince Noir, aguerris par de nombreuses campagnes militaires.

Morgaste avait choisi ses soldats parmi les plus impitoyables, attisant sournoisement leur haine des peuplades étrangères. Horst les avait affrontés jadis, lors d'une affectation à la Marche du Sud. À l'époque, il avait même participé à de brèves escarmouches contre des bataillons de l'Armée Noire. Rapidement, le caractère sanguinaire de ces légions lui était apparu. Désormais, il allait devoir repousser ces mêmes guerriers en compagnie de ses nouveaux alliés.

— Qu'attendent-ils ! rugit Bernulf, brisant le mutisme.

Horst ne répondit pas. Sur les hauteurs, le vent soufflait, témoin de l'ultime respiration des montagnes. L'aumône du temps, avant la mort et la désolation répandue, distillait la peur dans le cœur des guerriers comme un poison, scellant les prémices de leur défaite. La réponse lui vint naturellement, comme une délivrance à ses maux.

— Ces chacals espèrent que nous mourions sans honneur et sans gloire. Ils croient que nous laisserons la peur nous étreindre. Soldats, guerriers : vous combattez pour une juste cause ! À nous la gloire ! À nous l'initiative !

Le vieux roi toisa Horst avec son regard d'ours. Malgré l'usurpation d'autorité, il ordonna dans un grondement furieux :

— À l'attaque, mes frères ! Allons châtier cette engeance !

Gerwald n'en croyait pas ses yeux. Ces chiens des montagnes tentaient une sortie. Entouré de sa garde personnelle, il supervisait la bataille du haut d'un promontoire. Aussitôt, il communiqua à ses officiers grâce aux signaux convenus les nouvelles positions. De son emplacement stratégique, il jugea l'attaque désespérée, malgré l'assaut furieux des assiégés, qui enfonçaient l'avant-garde de son armée.

— Ils sont courageux, ne put s'empêcher de remarquer son aide de camp.

Mais l'effet de surprise qui jouait en leur faveur n'eut qu'un temps. Comme le prévoyait Gerwald, ses soldats aguerris encerclaient inexorablement les Montagnards. L'aide de camp s'enquit du déclenchement de l'assaut final. Fin stratège, Gerwald n'ignorait pas que certaines bêtes, même blessées à mort, résistaient farouchement. Il s'apprêtait à donner l'ordre fatidique, lorsque des sommets enneigés le son rauque d'un cor retentit. Interloqués, tous les officiers levèrent la tête en direction de l'étrange appel.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !