Prologue

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1 000 000 avant Theobran

     Vär-Gul. Créateur et protecteur d'un monde depuis longtemps oublié. Dieu-étoile aujourd'hui appelé Altaïr. De la voûte céleste il veille. Il guette le moment où votre monde et sa création pourront se rencontrer. Je suis sa haine. Je suis sa rancune. Je suis sa violence. Je suis sa colère. Il est ma proie. Il m'a exilé dans une jungle profonde. Il m'a exilé sur une île perdue. Il m'a jeté comme un rien. Mais j'ai survécu. Je suis sa haine. Je suis sa rancune. Je suis sa violence. Je suis sa colère. Il est ma proie. De tigre en serpent. De prédateur en prédateur. J'ai survécu. Je me délecte du sang. Je me nourris de la peur. Je ris de la souffrance. Je suis sa haine. Je suis sa rancune. Je suis sa violence. Je suis sa colère. Il est ma proie. Puis les hommes sont arrivés. Ils ont creusé le sol. Ils ont coupé des arbres. Ils ont bâti des édifices. Ils ont étudié le sol. Ils ont étudié le ciel. J'ai regardé. J'ai appris. Maintenant je connais les hommes. Maintenant je connais leurs armes. Je suis sa haine. Je suis sa rancune. Je suis sa violence. Je suis sa colère. Il est ma proie. Oui. Il est ma proie. De requins en murènes, j'ai traversé la mer. Par faim, j'ai détruit. J'ai brisé leurs tours. J'ai détruit la ville de Grazgar sur l'archipel des trois griffes. J'y ailaissé ma trace. Le prochain imbécile qui viendra ici tombera à mon service. Puis j'ai remonté le fleuve Kaher. Et je me suis retrouvé sur un lac. Je me suis glissé sous son île. Dans les catacombes, sous le gibet, j'ai attendu. Je suis sa haine. Je suis sa rancune. Je suis sa violence. Je suis sa colère. Il est ma proie ! Ma proie ! Et puis je l'ai trouvé. Lui aux sombres pensées, lui au cœur noir, lui qui sera mon hôte. Lui grâce à qui je détruirais sa création. Lui grâce à qui je le tuerais ! Alors je le contrôle. Je me fais passer pour une simple forme de magie. Et j'attends. J'ai besoin d'une guerre. D'une guerre si grande qu'une bibliothèque entière ne suffirait pas à en faire le récit. Je veux cette guerre. Je l'entends, comme un grondement sourd au plus profond de chacun de nous. Les forces bougent. Elle arrive. Elle arrive, traînant dans son sillage le sang, les peurs et les souffrances dont j'ai besoin. Il me les faut pour enfin me révéler ! Je suis sa haine ! Je suis sa rancune ! Je suis sa violence ! Je suis sa colère ! Je suis la Mâ ! Je suis la Mâ et ma guerre arrive ! Elle vient ! Préparez-vous. Préparez-vous pour cette dernière guerre. Préparez-vous pour l'ultime affrontement. L'ultime duel entre Vär-Gul et ce qu'il a rejeté... Je suis sa haine. Je suis sa rancune. Je suis sa violence. Je suis sa colère. Je suis la Mâ. Ma guerre arrive.

                                                                                                   *

25 Août 2177 après Theobran

« C'était dans les contrées de l'est, dans le bourg de Novigrad. Les maisons de bois et de paille s'alignaient autour de la place du marché. Les étals branlants débordaient de beaux fruits mûrs et de viandes appétissantes. Le soleil de fin d'après-midi teintait la place de rouge. La terre sèche crissait sous les pas des passants. Les paysans vendaient aux autres fermiers le fruit de leur labeur.

L'été touchait à sa fin et un vent frais agitait les étoffes sur l'étal de Lukkas, le tisserand chétif aux cheveux roux. La soie presque transparente habillerait encore quelques nobles de passage mais le vent du nord ne tarderait pas à baisser les températures. C'est pour cela que les vestes de coton commençaient à réchauffer l'étal. A sa droite, Greg, le boucher, vantait les mérites de son saucisson. Le gros bonhomme jovial transpirait sous son tablier maculé de sang. Dos à la chapelle, le seul édifice en pierre du village, Gerald vendait son lait aux anciennes du village. Il était le père d'un petit garçon de cinq ans, Robin, qui avait hérité des yeux bleus de son père mais qui avait préféré les cheveux noirs de sa mère aux blonds du laitier.

Plus loin, Dorian, le chasseur, tenait sa fille par la main. Il était grand, massif, bien bâti. Ses cheveux étaient châtain clair et coupés court. Ses yeux étaient marron et il avait le regard vif. La petite Ilona aux boucles blondes riait. C'était son anniversaire et son père allait lui acheter la poupée qu'elle désirait tant. Cette petite fille de porcelaine au sourire figé et aux yeux peints, Ilona ne voulait qu'une chose : coiffer ses longs cheveux noirs qui cascadaient sur la robe rouge de la poupée. Elle et son père s'approchèrent de l'étal. Irma, la fille de Greg, se fendit d'un large sourire et prit la parole :

Chroniques de la Mâ - Partie 1/Les paladins de BhaldërusLisez cette histoire GRATUITEMENT !