LE FEU DU CIEL

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Les éclaireurs du peuple des montagnes étaient formels : une troupe immense approchait des monts Dunhevar. L'armée que Morgaste avait envoyée n'était plus qu'à quelques dizaines de lieues à présent. Bernulf exigea une description détaillée en présence des membres de l'Ordre et d'Ulva. Lorsqu'ils brossèrent un rapide portrait de son commandant, Horst déclara en soupirant :

— Gerwald est un général expérimenté, réputé pour sa férocité. C'est un redoutable adversaire !

Tous s'observèrent en silence.

— Mais la Grande Meneuse est à nos côtés ! objecta le chef de la tribu. Sa magie contribuera à la victoire.

Paraissant soudain plus âgée, Ulva baissa les yeux.

— Le pouvoir transmis par le fragment est immense, mais il m'épuise et je ne peux l'utiliser longtemps. Après avoir ramené Alquin, j'ai dû garder le lit une journée entière.

Tous comprirent sans oser l'exprimer les conséquences. Demeuré silencieux, le Grand Prêtre s'adressa à Bernulf :

— Organisez les défenses de la cité ! Avec ma sœur, nous trouverons les alliés qu'il vous manque !

Une troupe de Maraudeurs précédait l'armée princière, ou plutôt, l'armée du Nord, comme l'appelaient les généraux. Cette puissante armada semait la terreur sur son passage. De jour comme de nuit, elle se dirigeait à marche forcée vers les montagnes enneigées, dernier obstacle naturel avant le royaume des Hisles. Les Maraudeurs n'avaient pas reçu l'ordre de saboter ou de semer la panique comme c'était le cas habituellement. Le Seigneur de la guerre était impatient. Il voulait envahir rapidement le pays voisin. « Trop impatient ! » songea Gerwald, le nouveau commandant de cette armée. Morgaste l'avait nommé à la hâte, même s'il figurait parmi les plus anciens et les plus titrés des généraux.

Les nombreuses cicatrices de son visage se confondaient avec ses rides, notamment celles de son front dégarni. Ses petits yeux plissés semblaient toujours épier, exacerbant l'impression de cruauté qui émanait de sa personne. Gerwald était réputé pour sa férocité, connu pour ne jamais faire grâce aux prisonniers des troupes vaincues. Sous sa houlette, l'Armée Noire traçait un sillon sanglant depuis son départ de la capitale. Les catapultes et autres engins de siège avaient pratiqué une entaille profonde à travers la forêt d'Eslhongir pour faciliter la progression des bataillons. Bientôt, les invincibles légions atteindraient les contreforts des monts Dunhevar. Gerwald s'assurerait alors qu'aucune force ne brise leur élan.

L'armée du Nord approchait des contreforts des montagnes alors que la lumière du jour déclinait. Gerwald se redressa sur sa selle, levant le bras pour ordonner une halte. Il mit pied à terre, transmettant les ordres nécessaires à l'établissement du campement. Sans attendre, ses esclaves avaient commencé à dresser sa tente de couleur noire. Elle était la plus spacieuse, arborant l'emblème de Morgaste : un trèfle couleur or sur fond triangulaire noir. Il fallait qu'aucun soldat n'oublie que le Prince Noir demeurait le maître. Le commandant se dirigeait vers sa tente, lorsqu'un des éclaireurs vint à sa rencontre. S'inclinant respectueusement, il lui fit son rapport :

— Le peuple de la cité troglodyte se prépare activement à la bataille. Ces pouilleux pensent être en mesure de nous résister !

Il leva la tête, esquissant un rictus condescendant. Gerwald n'y prêta guère attention, ne sous-estimant pas les guerriers des montagnes, dont la vaillance était légendaire. Mais il savait aussi que leur armement était rudimentaire. Les nombreuses machines de guerre de son armée mettraient en pièces leurs défenses. Leur avance technologique résultait de la clairvoyance d'un souverain qui ne laissait rien au hasard. Cependant, il ne faudrait pas trop perdre de temps pour attaquer. Demain, en chef de guerre avisé, il déclencherait l'assaut de ses troupes. Telle une éruption volcanique, elles détruiraient tout sur leur passage. Rien ne freinerait la progression de ses guerriers, qui n'avaient jamais connu la défaite.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !