DÉLIVRANCE

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Alquin agonisait. Il avait perdu la notion du temps, alors que son corps criait grâce depuis longtemps. Il était allongé, incapable du moindre mouvement, près du tombeau de ses ancêtres. Quelle ironie de savoir qu'il allait mourir à côté de ses parents ! Il avait espéré pouvoir reposer parmi les siens après une mort paisible. Morgaste n'était plus que haine. Il ne reconnaissait pas le jeune homme intelligent et sensible que sa sœur lui avait confié jadis. Ce maudit fragment l'avait métamorphosé en tyran impitoyable, avide de pouvoir. Il se demanda ce qu'il était advenu de la chère sauvageonne. Il savait que, pour échapper à la colère de son fils, Ulva s'était réfugiée dans la forêt d'Eslhongir. Il donnerait n'importe quoi pour la revoir une dernière fois avant de rejoindre le royaume éternel.

Tout à coup, il entendit une voix l'appeler ; pur délire, causé par son état d'épuisement avancé, le manque de nourriture et surtout d'eau. Ses blessures le faisaient atrocement souffrir. Vidé de ses forces, il n'essayait même plus de bouger. Les intonations de la voix lui paraissant familières, il s'obligea à se concentrer.

— Alquin, n'abdique pas face à la mort ! Notre pays a encore besoin de toi.

Dans son rêve, une voix féminine l'interpellait par son prénom.

— Mon frère, lève-toi et vis ! insista la voix, durcissant le ton.

Il sentit des larmes perler au coin de ses paupières. Ulva s'adressait à lui avant l'ultime voyage !

— Alquin, lève-toi et suis-moi ! répéta la voix impérieuse d'Ulva.

Son vœu le plus cher s'exauçait : entendre encore une fois parler sa sœur adorée ! Submergé par l'émotion, il laissa libre cours à ses sentiments. Tandis qu'il pleurait de joie, une lueur azurée déchira l'obscurité de la pièce. Nimbée d'un halo lumineux, une forme féminine se précisait. Elle ressemblait à sa sœur, vêtue d'une longue robe grise. Le toisant de toute sa splendeur, elle ordonna :

— Lève-toi et prends ma main, Alquin !

Bouleversé, le vieil homme comprit que l'astre divin avait revêtu cette apparence pour faciliter l'ultime passage. Il attendait depuis longtemps cet instant fatal. Puisant une force nouvelle dans cet espoir, il se redressa pour faire face à la mort. Saisissant fébrilement la main tendue, il ressentit une chaleur intense. Le feu solaire le consumait tandis qu'une paix intérieure l'envahissait.

Alquin se réveilla, allongé sur un banc en pierre. Une torche fixée à la paroi rocheuse n'éclairait que faiblement la pièce. L'humidité du lieu évoquait une grotte. Incrédule, il pensa d'abord reposer dans le royaume des morts. Mais il entendit son cœur battre et le souffle de sa respiration, puis constata, stupéfait, que ses plaies avaient disparu. Il se souvint de l'embrasement ressenti... Était-il la cause de tels effets bénéfiques ? Malgré son état de faiblesse, il parvint à se lever en titubant, supportant les douleurs de son organisme. En observant plus attentivement la grotte, il découvrit une issue. Péniblement, Alquin se traîna jusqu'à une porte rustique. Bien que la situation paraisse absurde, il pesa sur le lourd battant. Ses yeux ébahis découvrirent une immense caverne au centre de laquelle un totem d'ours trônait.

— Quel honneur de rencontrer le frère de la Grande Meneuse ! s'exclama une voix retentissant du fond de la grotte.

De prime abord, l'allure du guerrier géant qui approchait semblait irréelle. Ses vêtements en peaux de bêtes et son pas rustaud évoquaient plus un homme des cavernes. Pourtant, la tranquille assurance émanant du personnage plut d'emblée à Alquin.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !