LA VOLEUSE DE PAIN

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Des bruits de pas s'intensifiaient dans le couloir. « Cela n'augure rien de bon », pensa Oriana. Des gens se dirigeaient vers la cellule dans laquelle elle croupissait depuis deux jours. On l'avait arrêtée pour le vol d'une miche de pain. D'habitude, elle se jouait des gens en armes, mais cette fois-ci, un abruti avait alerté les gardes à proximité, qui l'avaient promptement encerclée. Elle s'était vainement débattue ! Que pouvait une aventurière contre plusieurs hommes robustes ?

Depuis l'enfance, elle volait. Ses parents, des baladins, ne gagnaient pas suffisamment pour subvenir à leurs besoins. Ils mettaient tout leur talent dans les représentations dont elle était rapidement devenue le clou du spectacle. Pourtant, même s'ils appréciaient leurs prestations, les spectateurs souvent plus pauvres qu'eux ne donnaient pas grand-chose. Alors, Oriana chapardait la nourriture que sa mère cuisinait. Malgré les difficultés, cette vie nomade lui convenait à merveille. En provenance des régions du Sud, ils sillonnaient les contrées, découvrant chaque jour de nouveaux villages et d'autres cités.

Son existence insouciante bascula dès le début du siège de la capitale d'Espélia. Une nuit, un tir de catapulte écroula un pan des fortifications sur leur roulotte. Ses parents endormis moururent écrasés sous les blocs de pierre. Miraculeusement épargnée, Oriana avait été contrainte de survivre, avec pour seules compagnes sa peine et le souvenir de la douce voix de sa mère qui chantait merveilleusement...

— Oriana Botelli, c'est bien vous ? demanda Othe Monclart.

S'arrachant à ses pensées morbides, elle se leva, soutenant sans ciller le regard du grand barbu.

— Oui et alors ?

— Ne soyez pas irrespectueuse avec le premier conseiller ! avertit Horst en frappant la grille du cachot du plat de son épée.

D'un geste, Othe Monclart calma l'impétuosité du garde.

— Vous avez été arrêtée pour vol à l'étalage... Lequel n'était pas votre premier larcin.

Oriana rétorqua qu'il n'existait aucune preuve pour les présumés autres délits.

— Non, c'est vrai ; mais nous trouverons des témoins ! répondit Othe Monclart. La loi martiale s'applique en état de siège. Vous connaissez la sentence. Les prisonniers valides combattent en première ligne pour défendre la citadelle. Les femmes sont affectées au ravitaillement. La proximité des combats laisse peu de chance de survie.

— Où voulez-vous en venir exactement ? s'impatienta Oriana.

Le conseiller apprécia son franc-parler. Il regarda la jeune femme droit dans les yeux.

— Nous avons constitué un groupe de messagers et vous en ferez partie !

Alceste dévorait à pleines dents sa cuisse de pigeon. Il n'avait rien avalé de solide depuis longtemps.

— Bien entendu, précisa Alquin, nous gardons les meilleures viandes pour les soldats.

— Quoiqu'il en soit, nos réserves s'épuisent..., ajouta-t-il d'un air pensif.

Tout en profitant du repas, le jeune homme affamé jetait des coups d'œil à la dérobée. La prestance de l'ecclésiastique ainsi que ses manières l'impressionnaient. Malgré son âge avancé, le prêtre paraissait encore vigoureux et ses yeux brillaient d'intelligence. Qu'avait-il affirmé déjà ? Qu'une destinée hors du commun lui était promise ? Quelle blague ! Il avait fait semblant d'accepter la mission, avec la ferme intention de disparaître dès qu'ils auraient franchi les murs de la cité. Le Grand Maître vint s'asseoir en face de lui.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !