LA RÉVÉLATION

Depuis le début

Heureusement, l'appel désespéré de la victime aida à sa localisation, permettant une libération rapide. Le garde semblait à moitié mort de froid avec, en plus, une vilaine blessure à la jambe. On le transporta rapidement dans les habitations troglodytiques. Un guérisseur déploya ses talents pour réduire sa fracture. Puis, des femmes le dévêtirent et le plongèrent dans un grand baquet d'eau chaude. Le choc thermique ranima Horst, qui eut la surprise de découvrir des Montagnardes fort intéressées par son anatomie. Il profiterait de leurs bons soins après s'être enquis du sort de ses compagnons.

Alceste n'avait pas mis longtemps à se décider. Il ne pouvait pas abandonner une seconde fois Oriana. Avant de partir, les deux Maraudeurs l'avaient fouillé méticuleusement. Le livre trouvé dans son sac ne les avait pas inquiétés. Un temps, ils empruntèrent la piste qu'ils avaient gravie préalablement, puis ils bifurquèrent vers l'est, longeant un couloir neigeux pentu. La voie escarpée aboutissait à une caverne indécelable de la piste principale. « Nous ne sommes pas passés loin ce matin ! » regretta Alceste. Le dénommé Gunnolf devait bien connaître la région. Caché avec sa prisonnière dans son abri, il avait envoyé ses hommes en embuscade. Alceste essayait d'imaginer le raisonnement de son futur adversaire. Ils atteignirent enfin l'entrée de la cachette. Le guerrier qui avait exécuté leur guide le poussa sans ménagement à l'intérieur.

Les yeux d'Alceste s'accommodèrent lentement à la pénombre. Il aperçut Oriana ligotée et bâillonnée au fond de la grotte. Il esquissa un geste dans sa direction, mais une voix autoritaire l'en dissuada :

— Reste où tu es ! Si tu approches, je la tue !

Joignant le geste à la menace de leur chef, un des Maraudeurs le frappa violemment dans le dos. Le jeune homme s'affala sur le sol.

— C'est cet avorton que le prince nous a demandé de ramener ! s'esclaffa Gunnolf.

Les redoutables guerriers ricanèrent bruyamment. Se relevant, Alceste nota les efforts d'Oriana pour tenter de se libérer. Il compatit d'un signe de tête discret, lorsqu'un des ravisseurs lui asséna un coup de pied dans les côtes. Le souffle coupé, il tomba à genoux.

— Ça suffit ! décréta leur chef. Notre seigneur exige cette demi-portion vivante ! Enlevez-lui son sac et fouillez-le !

Les deux Maraudeurs expliquèrent qu'ils avaient déjà procédé à la fouille, mais Gunnolf ne tergiversait pas avec les précautions à prendre. Ils éparpillèrent le contenu de la besace d'Alceste un peu partout dans la caverne. Le grimoire fut propulsé sans égard sur le sol rocheux.

— Vous deviez libérer la fille, c'était notre accord ! rappela Alceste, qui peinait à respirer.

Un nouveau choc dans les côtes le fit tousser et se tordre de douleur.

— Tu n'as rien à exiger, gringalet ! éructa le pisteur. La catin est une prise de guerre !

Ivre de colère, Oriana roulait des yeux exorbités. Ses liens solides lui interdisaient, hélas, tout mouvement.

Gunnolf se satisfaisait d'avoir accompli une partie de sa mission. Il n'avait pas imaginé un instant un adversaire aussi peu coriace. Prostré par terre, ce minable se tenait les côtes, appuyé contre une concrétion. Se rappelant que la femelle semblait le tenir en haute estime, il souhaita faire payer à cette engeance les hommes et le temps perdus. L'air mauvais, il s'approcha de la jeune fille toujours ligotée, lui ôta son bâillon, puis caressa ses cheveux de ses grosses mains calleuses. Il observa la réaction de son compagnon, qui fronçait les sourcils en serrant les poings.

— Ah ! Ah ! s'exclama Gunnolf. Le morveux serait-il finalement un homme ?

Ses deux acolytes rirent bêtement. L'un d'eux demanda d'un air graveleux :

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !