L'ASCENSION

Depuis le début

Alceste ne put contenir son émotion. Il sentit des larmes brûlantes couler sur ses joues. Savoir la Meneuse dans un tel état l'accablait.

— Ulva, que pouvons-nous faire pour vous aider ? demanda-t-il avec ferveur. Il existe certainement un remède à ce poison !

Horst acquiesça. Il tenait cette femme en grande estime et n'hésiterait pas à tout tenter pour la sauver.

— Vous êtes tous les deux de vrais amis. Mais vous avez une mission à accomplir. Il est impératif qu'Alceste échappe à l'emprise de Morgaste. Pour cela, il vous faut traverser la frontière et rejoindre le suzerain du pays voisin. Ma présence ne doit pas être une gêne à cet objectif majeur.

Les deux messagers s'observèrent en silence tandis que le vent sifflait dans la soirée hivernale. Leurs guides manifestaient de plus en plus d'impatience.

Horst et Alceste s'entretinrent de la marche à suivre. Ulva les inquiétait, plongée dans un sommeil agité, ses paupières closes palpitaient. La transporter dans un tel état, par ce froid neigeux, équivalait à un suicide. Par ailleurs, les guides avaient affirmé leur ferme intention de poursuivre l'ascension dès le lever du jour. Horst s'accordait avec Ulva sur la priorité de leur mission. Le Grand Prêtre avait beaucoup insisté sur ce point qu'Alceste ne partageait pas. Abandonner deux femmes qui comptaient énormément pour lui se révélait au-dessus de ses forces. Finalement, ils décidèrent qu'une nuit de repos les aiderait à prendre la bonne décision. Les trois adultes s'endormirent rapidement, pendant qu'Alceste continuait de s'interroger.

Contre toute attente, la Meneuse le réclama à son chevet. Il s'approcha d'elle, guettant une amélioration. Elle lui tendit son étrange grimoire en chuchotant :

— La couverture est doublée de plomb. Ce métal protège des rayonnements cosmiques du fragment. Une trop longue exposition peut s'avérer nuisible.

Elle s'interrompit. Alceste ne comprenait pas grand-chose aux propos de la moribonde.

— Je te lègue ce livre et son contenu. Il t'appartiendra de l'utiliser à bon escient...

Elle poursuivit avec difficulté :

— Je n'aurai pas la force de finir mon récit. Sache que tu joues un rôle important ! Je voudrais tant te parler de ton père. Jadis, il a lui aussi franchi cette frontière...

Elle ferma les yeux, sa poitrine se soulevait irrégulièrement. Elle n'était plus en état de répondre à ses nombreuses questions. Alceste s'allongea en serrant le précieux cadeau contre sa poitrine.

Le lendemain, une aube glaçante réveilla les quatre hommes. La pauvre Ulva ne réagissait pas. Horst vérifia sa respiration et tenta de la ranimer, mais ses paupières demeurèrent closes. Les Montagnards s'étaient déjà équipés à l'entrée de l'abri. Alceste rangea scrupuleusement le grimoire offert au fond de son sac. Il n'eut pas le courage de regarder le corps de la Meneuse, préférant se remémorer les actions extraordinaires qu'elle avait accomplies. Résigné, il sortit rapidement de l'anfractuosité. Dehors, la lumière était blafarde. Par chance, il ne neigeait plus et le vent avait perdu de sa vigueur. Horst obstrua l'entrée, sacrifiant une paire de raquettes. Il espérait qu'ainsi, aucun animal ne s'introduirait dans la cavité. Le cœur et l'esprit lourds, les messagers entamèrent l'ascension, précédés par l'un des deux guides. Par endroits, l'épaisseur du manteau neigeux ralentissait considérablement leur progression. Alceste jetait régulièrement des coups d'œil en arrière. Le Montagnard, fermant la marche, lui annonça :

— Il faudra une partie de la journée pour atteindre le passage vers le pays des Hisles.

Le jeune homme l'écoutait à peine, culpabilisant d'abandonner aussi Oriana.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !