L'ASCENSION

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L'hospitalité légendaire des peuples montagnards n'était pas usurpée, Alceste et ses compagnons purent le vérifier durant leur bref séjour. Malgré la grande nervosité qui régnait parmi leurs hôtes, une grotte fut aménagée en dortoir pour le trio rescapé. Pouvoir bénéficier d'un véritable abri pour une nuit avant de poursuivre leur périple leur procurait un réel réconfort.

Néanmoins, Alceste, très inquiet du sort d'Oriana, sollicita l'aide du chef des Montagnards. Bien que méfiant, Bernulf envoya des hommes à la recherche de la jeune femme. En attendant, le vieux chef les convia à un banquet organisé en leur honneur. Ils firent bonne chère et Horst abusa même du vin. Seule Ulva semblait ne pas profiter du festin. Durant la soirée, Alceste nota qu'elle grimaça à plusieurs reprises. Ayant présumé de ses forces, le jeune homme finit par s'endormir à table, terrassé par la fatigue.

Au matin, le moment du départ approchait, lorsque Bernulf se joignit au groupe.

— La jeune femme évoquée a disparu. Mes guerriers n'ont retrouvé aucune trace d'elle.

Ulva remercia le grand chef, puis s'efforça de rassurer Alceste :

— Je n'ai pas ressenti sa mort. Il se peut qu'elle soit encore vivante quelque part !

Horst suggéra de partir sans tarder, car l'ascension prendrait au moins la journée. Deux guides, choisis par le grand chef, les mèneraient vers le col permettant d'accéder au royaume des Hisles.

Abrégeant les adieux, le groupe s'apprêtait à entamer l'ascension, lorsqu'Alceste tenta une dernière fois d'imposer un retour en arrière afin d'aller chercher Oriana. Horst rétorqua que c'était trop risqué : des Maraudeurs embusqués pourraient les surprendre. Ulva abonda dans son sens. De toute manière, les deux guides n'étaient pas disposés à rebrousser chemin. Ils avaient l'ordre d'éloigner le plus rapidement possible les hôtes indésirables. La neige se remit à tomber, ralentissant leur progression.

Au fur et à mesure de la montée, Ulva semblait de plus en plus éprouvée par l'altitude et le froid. Elle, naguère débordante de vitalité, avait besoin du soutien des deux messagers pour suivre le rythme. Certes, la Meneuse n'avait pas ménagé ses efforts ces derniers jours. De plus, sa blessure au poignet la faisait toujours souffrir. En fin d'après-midi, elle s'évanouit au sommet d'une côte neigeuse. Les Montagnards dénichèrent une crevasse dans une paroi rocheuse où ils allongèrent la vieille dame à l'abri des bourrasques.

— Ce n'est pas normal ! s'alarma Alceste à la vue de son visage très pâle. Elle était la plus vaillante d'entre nous !

Dans l'espoir de la réconforter, Horst aida les guides à allumer un feu.

Enfin, Ulva ouvrit les yeux, réclamant à boire d'une voix lasse. Son regard avait perdu cet incomparable éclat.

Alceste lui tendit une outre et l'aida à étancher sa soif. Il ressentait une immense détresse face à la soudaine faiblesse de cette femme. Pour lui, elle représentait un modèle de courage et de détermination.

— Ne soyez pas inquiets, toi, surtout, Alceste, les rassura-t-elle. L'usage du fragment procure de grands pouvoirs, mais ses effets sont nocifs à la longue.

Elle s'arrêta un instant, obligée de reprendre son souffle. Horst murmura à l'oreille du jeune homme.

— Allons, allons ! Point de messes basses ! les tança-t-elle. Apprenez que la flèche qui m'a transpercé le poignet était empoisonnée. J'ai tenté d'éradiquer les effets du poison, en conjuguant mes dons de guérisseuse à ceux de l'éclat céleste. Mais cela n'a, semble-t-il, pas suffi.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !