LA CONFRONTATION

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Le corps d'Alquin n'était que douleur, mais il persistait à ne pas répondre aux questions de son bourreau. Il ne comprenait toujours pas pourquoi Morgaste l'avait épargné. Son épée s'était enfoncée dans la neige, frôlant sa tête. Avait-il ressenti un sentiment de pitié, se souvenant que, jadis, il l'avait aimé comme un père ? Plus vraisemblablement, il projetait quelque sombre dessein dans lequel sa personne jouait un rôle. La geôle humide où il croupissait depuis plusieurs jours s'était transformée en théâtre de souffrance. Morgaste n'avait pas même daigné lui rendre visite, malgré ses demandes répétées. Il préférait charger un tortionnaire zélé de lui arracher ses secrets par tous les moyens. Cela signifiait qu'il recherchait toujours les fragments et qu'Alceste était encore libre.

— Tu vas parler ! hurla l'horrible geôlier, plaquant le fer rougi contre son dos.

Suspendu par les bras, Alquin n'offrait que plaies et bosses. Dans une certaine mesure, ses blessures devenaient des alliées. La douleur finissait par occulter le sang cognant à ses tempes. Cependant, le bourreau montrait quelques signes de lassitude. Torturer s'avérait fatigant surtout lorsque le supplicié ne craquait pas. L'homme de main s'écroula sur un banc, au fond du cachot, s'interrogeant sur la résistance d'un vieillard qui agonisait. Le moment était propice pour tenter quelque chose. Raffermissant sa voix malgré l'atroce douleur, Alquin l'interpella :

— Toi, le maître de la torture, approche ! J'ai une proposition intéressante à te faire.

Surpris par l'aplomb du prisonnier, le serviteur s'avança, méfiant.

— Tu t'es enfin décidé à vider ton sac ! J'ai bien cru devoir employer les grands moyens !

« Forfanterie ! » songea Alquin. À nouveau, il se concentra pour oublier sa souffrance.

— Je connais les emplacements secrets des trésors de cette cité ! Je peux t'y mener, si tu me libères.

Dès le début, il avait compris avoir affaire à un être vénal. L'homme hésita, par crainte de son terrible maître, mais l'appât du gain l'emporta.

— Je te suivrai, mais tu resteras enchaîné ! imposa-t-il comme condition.

Dehors, Alquin ignorait s'il faisait nuit ou jour. Enfermé dans les cachots du donjon, il n'avait pu assister aux couchers et aux levers de l'astre divin. Il emprunta un des passages secrets de l'Ordre, suivi par son geôlier. Après l'avoir détaché, celui-ci avait fixé des fers à ses chevilles et entravé ses poignets dans le dos. Malgré les déchirements de ses plaies à vif, qui maculaient de sang ses guenilles, Alquin, grimaçant, progressait en boitant dans les souterrains vers les trésors dont regorgeait la salle des Initiés. Ils n'étaient plus très loin à présent. Dans son état, se remémorer des faits précis tenait de l'exploit. Son bourreau, avide d'or et d'argent, s'impatientait.

— Si tu m'as raconté des histoires, je te taillerai les veines et tu te videras de ton sang comme un goret !

— Nous y sommes ! s'exclama Alquin. L'entrée de la salle se trouve juste après ce tournant.

Il fut poussé dans le dos sans égard et atterrit au pied d'une porte en bois ouvragée. Bien que verrouillée, elle n'arrêterait pas le geôlier cupide. Il avait emporté un trousseau composé de nombreuses clés, dont l'une d'entre elles parvint à actionner la serrure. Ils pénétrèrent dans la chapelle. Sur l'autel trônait un immense calice en or massif, dont la finesse des gravures échappa totalement à son bourreau. Il n'avait d'yeux que pour les pierres précieuses le sertissant. Agrippant à deux mains son trophée, il exultait en répétant :

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !