LES MONTS DUNHEVAR

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Après qu'Ulva eut détruit la créature, personne n'osa prononcer la moindre parole. Les deux jeunes gens s'employèrent à ramer, profitant de la voie dégagée. « La Magicienne », comme la surnommait Alceste, avait sombré dans un profond sommeil. Horst l'avait allongée pour qu'elle profite d'un repos mérité. La rivière traversait un réseau de grottes, dont la beauté échappait totalement aux fugitifs. Toutes ces péripéties avaient soumis leurs nerfs à rude épreuve. De plus, l'incompréhension plongeait Alceste dans un abîme de perplexité. Il dévisagea avec insistance Oriana, mais celle-ci avait le regard dans le vague. Elle aussi s'efforçait d'interpréter cette succession d'événements improbables. Il aurait aimé lui prendre la main, espérant qu'elle apprécierait. Il ne savait pas dire depuis combien de temps ils naviguaient, lorsque soudainement, la rivière refit surface et ils émergèrent à l'air libre. Le soleil avait disparu. Malgré la tiédeur de l'eau, Alceste frissonna. Il aperçut au loin des montagnes dans la nuit claire.

— Les monts Dunhevar ! s'exclama Oriana, qui suivait son regard.

— C'est une barrière naturelle qui a toujours protégé notre pays, précisa Horst.

« C'est aussi un obstacle à franchir pour atteindre le royaume des Hisles ! » songea Alceste.

Les courants capricieux de la rivière s'intensifièrent, contraignant le groupe à abandonner l'embarcation et à poursuivre son périple par voie terrestre, bien que Horst éprouvât des difficultés à marcher. La soirée hivernale s'annonçait humide. Ulva, qui avait retrouvé toute sa fougue, émit un long hurlement. Quelques instants plus tard, une meute de loups les rejoignit.

— Ils ont subi des pertes sévères, constata-t-elle en caressant la tête du mâle dominant.

Les blessures profondes de certains des canidés faisaient peine à voir.

— La troupe armée qu'ils ont affrontée paraît bien organisée, constata Horst. S'ils nous rattrapent, nous aurons peu de chance d'en réchapper.

Ces sombres perspectives n'altérèrent pas la détermination de la Meneuse.

— Nous devons persévérer. Si nous atteignons les pentes escarpées des monts enneigés, peut-être sera-t-il plus difficile pour nos poursuivants de nous surprendre.

À la nuit tombée, ils dressèrent un feu enterré, profitant de la présence d'une fosse dans un bosquet, décidés à bivouaquer le plus discrètement possible. Ulva positionna les loups en sentinelles, afin de prévenir toute attaque surprise. Le lynx, redoutable chasseur nocturne, disparut dans l'obscurité. Le peu de nourriture disponible fut accommodé en un repas frugal. Les convives mangèrent en silence, la fatigue des rudes épreuves n'incitant pas au bavardage.

Des flammes crépitantes s'élevaient des particules virevoltantes vers le ciel étoilé. Ulva, contemplant la flambée d'un air songeur, exprima sa pensée :

— Morgaste nous poursuit de sa vindicte. Il veut, entre autres, récupérer le fragment que je détiens. Vous avez compris qu'il est l'un des morceaux de la météorite que mon frère a découverte jadis.

L'air gêné, les trois équipiers la fixèrent sans savoir quoi répondre.

— Oui, j'avais fait le lien et mes compagnons aussi, confirma Oriana, s'exprimant au nom de tous. Cette pierre de l'espace semble posséder de redoutables pouvoirs pour qui sait l'utiliser.

— Hélas, elle a attiré le malheur sur ma famille ! soupira la vieille femme. Un soir, mon fils cadet, ayant compris son importance, tenta de s'en emparer. Mais son oncle le surprit. Une querelle violente éclata, au cours de laquelle mon frère fut grièvement blessé. La pierre se brisa en trois morceaux. Des serviteurs, accourus pour secourir leur maître, ne purent empêcher mon fils de dérober l'un des fragments, puis de s'enfuir.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !