LA RÉSURGENCE

Depuis le début

Horst désigna, après un méandre, les murs de la caverne tapissés de chauve-souris.

— Évitons de faire du bruit pour de ne pas les réveiller, conseilla-t-il.

Ulva acquiesça, remarquant l'agitation croissante des chiroptères. Les uns après les autres, ceux-ci se détachaient des parois de la grotte, agrégeant leurs vols désordonnés pour former un nuage compact.

— Allumez les torches, il faut les effrayer ! s'alarma Horst.

Les milliers de chauves-souris s'étaient assemblées en une forme monstrueuse. Aucun des passagers de la barque n'avait assisté à pareil phénomène. La forme géante griffa la surface de l'eau ; des vagues heurtèrent l'embarcation.

— Elle veut nous faire chavirer ! cria Alceste.

Les deux adolescents agitaient vainement les torches dans sa direction.

— Il faut faire demi-tour ! hurla Horst.

— Non, il n'en est pas question ! décréta Ulva. C'est précisément le but de la manœuvre.

Aussitôt, elle sortit de son sac le livre ancien aperçu par Oriana, l'ouvrit et saisit un objet dissimulé à l'intérieur. Malgré le roulis et Shania, elle s'avança à la proue de l'embarcation, menaçant de son poing fermé l'improbable adversaire :

— Créature de l'esprit, disparais et ne nuis !

Une terrible implosion disloqua brutalement la chose amalgamée, libérant une myriade de chauves-souris. Poussant des cris stridents, elles s'éparpillèrent, affolées, obligeant les messagers à se protéger le visage. Nimbée d'un halo lumineux, Ulva demeurait immobile, serrant contre sa poitrine ses deux mains jointes.

La meute avait jailli face aux mercenaires, qui découvraient la caverne. Les Maraudeurs avaient immédiatement adopté une formation en cercles concentriques pour parer leur attaque. Des hommes à l'avant-poste, munis de piques, repoussèrent les assauts des loups, tandis que les archers en retrait décochaient leurs flèches. La meute était forte de nombreux individus, mais les flèches empoisonnées tueraient immanquablement, même si elles n'atteignaient pas d'organes vitaux. Conscient du danger, le mâle dominant, dont l'instinct l'avertit de battre en retraite, dispersa les fauves rescapés dans la forêt. Les Maraudeurs déplorèrent plusieurs blessés et un mort. Gunnolf ordonna que l'on fouille la tanière, ainsi que les environs. Les combattants frustes saccagèrent tout dans la Louvière. Ils arrachèrent les délicates tentures, brisèrent à coups de hache le mobilier et lacérèrent les tapis.

— Nous n'avons rien trouvé ! avoua un grand guerrier à son chef.

Excédé, Gunnolf le frappa violemment à la tête.

— Trouvez-les ! Trouvez un indice ! hurla-t-il.

Tout à coup, la troupe des Maraudeurs sentit le sol vibrer sous ses pieds. La plupart, coutumiers des secousses sismiques de la région, s'appuyèrent machinalement contre les parois de la grotte pour garder leur équilibre. Instinctivement, Gunnolf se rua dehors et escalada le grand arbre le plus proche. Du sommet, il scruta attentivement la forêt, par-delà le repère de la Meneuse. Quelques oiseaux, dérangés par sa présence, s'envolèrent en protestant de leurs cris. Une secousse manqua de déséquilibrer le chef, qui s'agrippa plus fermement. Sa ténacité fut récompensée : là-bas, en direction du nord-est, une nuée de chauves-souris se dispersait. Si tôt dans l'après-midi alors qu'il faisait encore jour, et de surcroît en hiver, voilà qui n'était pas normal. « Quelque chose d'autre qu'un tremblement de terre les a effrayées ! » en conclut-il. Le phénomène se produisait à quelques lieues de son poste d'observation. Il descendit prestement du conifère et ordonna à ses hommes de le suivre.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !