LA RÉSURGENCE

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Gunnolf commandait la troupe de Maraudeurs, forte d'une vingtaine d'hommes choisis parmi les plus féroces. Il connaissait précisément sa mission, ayant reçu ses instructions du Prince Noir en personne. Cela signifiait qu'il n'avait pas le droit à l'erreur. Le détachement était caché depuis plusieurs jours, non loin de la piste qui mène à la forêt d'Eslhongir. Le seigneur Morgaste avait dit d'attendre ses ordres. Lorsque les messagers avaient pénétré dans la forêt, ils n'avaient pas bougé ; de même quand le petit groupe de Maraudeurs s'était engagé dans les sous-bois.

Tels des fauves aux aguets, ils avaient attendu le corbeau messager du maître. Ensuite, ils n'avaient plus eu qu'à suivre les traces du traîneau. La neige les recouvrait partiellement, mais Gunnolf était un pisteur hors pair, le meilleur de tous aux dires de ses compatriotes. Pour éviter d'être repérés par les loups, ils avaient progressé face au vent. La nuit précédente, les hurlements des prédateurs les avaient alertés. Par précaution, ils s'étaient munis d'arcs, dont certaines flèches étaient enduites de poison. Ils approchaient du repère de la Meneuse. « Ils trouveront refuge chez elle ! » avait prophétisé Morgaste. Grimpant au sommet d'un sapin, Gunnolf repéra un mince filet de fumée. Bientôt, ils seraient à sa merci.

— Rassemblez vos affaires ! ordonna Ulva.

Elle-même fourra quelques vêtements et un peu de nourriture dans un sac. Oriana remarqua qu'elle emportait un grimoire à la couverture élimée. En peu de temps, tous furent prêts à partir. Aucun d'entre eux ne protesta face au ton sans appel de la vieille dame. Elle semblait persuadée de l'imminence du danger. La vision de ces soldats existait-elle autre part que dans son imagination ? À l'évocation d'hommes armés, Alceste se représenta des Maraudeurs. Ulva l'arracha à ses pensées.

— Nous allons emprunter un passage dangereux. Il faudra soutenir votre ami.

Un escalier rudimentaire, taillé à même la roche, s'enfonçait sous terre. La Meneuse alluma deux torches puis en tendit une à la jeune fille.

— Shania va nous précéder. Elle connaît le chemin.

Une fois les trois équipiers engagés dans la galerie, Ulva actionna un levier, qui scellait l'ouverture.

Malgré les torches, la visibilité restait faible. En plus de la pénombre, des nuages de vapeur formaient un épais brouillard. La descente s'avéra périlleuse à cause des marches glissantes. Il régnait une chaleur étouffante dans l'étroit passage. Tous furent soulagés lorsqu'ils débouchèrent dans une immense salle souterraine. La lumière filtrait par quelques anfractuosités dans la voûte rocheuse, projetant çà et là, des éclats lumineux. Le plus surprenant fut la découverte d'une rivière, dont les eaux en ébullition maintenaient une température agréable. De nombreuses concrétions, disséminées sur les rives, montaient la garde, telles des sentinelles de calcaire.

— C'est magnifique ! s'extasia Alceste, qui ne trouva rien d'autre à dire.

Devant ce spectacle grandiose, Oriana écarquillait les yeux. Seul Horst semblait peu apprécier, la station debout le faisant souffrir.

— Il y a une barque amarrée plus loin, informa Ulva. J'avais envisagé une solution de repli par cette voie souterraine. Il nous faudra remonter le cours d'eau pour parvenir à la résurgence de la rivière.

Une embarcation attendait effectivement les fugitifs. Ils s'y installèrent tous rapidement, les deux adolescents s'assirent à l'arrière, Horst et Ulva à l'avant. Le lynx se positionna à la proue.

— Nous nous laisserons guider par le courant, conseilla Ulva. Servez-vous des rames uniquement pour rester au milieu de la rivière.

La barque glissait lentement sur les eaux souterraines, entraînée sans effort malgré les bouillonnements dus à la chaleur. Les nombreuses stalactites et stalagmites qui parsemaient les berges ressemblaient à des statues surveillant leur passage.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !